Eau et santé > Eau et maladies > 4 - Les facteurs de prolifération et de transmission
4 - Les facteurs de prolifération et de transmission
Que ce soit à l'échelle mondiale ou en Guyane, aux conditions écologiques défavorables (zones chaudes et humides), s'ajoutent le manque d'infrastructures de potabilisation et d'assainissement des eaux : les 3/5 de la population mondiale boivent de l'eau non traitée et contenant des virus, bactéries; 1.9 milliards de personnes ne disposent pas d'installation sanitaire. La pauvreté et la densité de population en un même endroit sont les principales raisons de cette situation.
En Guyane, il manque de données pour préciser la répartition spatiale des maladies liées à l’eau, outre le fait que les localités des fleuves sont systématiquement plus touchées que celles de l’intérieur ou du littoral.
- Si l'accessibilité à l'eau potable pour la majorité des populations du littoral limite les maladies hydriques, les épidémies de dengue liées aux eaux stagnantes urbaines sont de plus en plus fréquentes.
- Sur les fleuves et à l'intérieur, le manque d'eau de bonne qualité et d'aménagements de distribution / assainissement provoquent de nombreuses maladies diarrhéiques. Les personnes s'approvisionnent parfois dans les eaux de surface (rivières, criques) où prolifèrent insectes, parasites, vecteurs de nombreuses maladies. Ces points d'eau sont utilisés pour tous les besoins domestiques (toilette, vaiselle, lessive...) et sont de ce fait contaminés. L'intérieur et les fleuves sont aussi les zones où les cas de paludisme et les risques de le contracter sont les plus élevés.
4.a - Dans le cas des maladies hydriques
Les micro-organismes abondent dans les eaux souillées par les déjections animales et humaines, et leur transmission à l'homme se fait par simple ingestion ou contact avec de l'eau infectée. Ils se propagent donc rapidement suivant les conditions d'assainissement et d'hygiène.
Les regroupements de personnes sur sites isolés sont souvent dépourvus d’assainissement faute d’infrastructures de traitement. Les conditions d’accès sur ces sites rendent plus difficile l’aménagement de ces infrastructures. De plus, les équipements présents sont inadaptés et peu ou pas protégés. Les problèmes de maintenance et les soucis d’installation engendrent un fonctionnement aléatoire de ces équipements.
Le contexte culturel et traditionnel, peu sensibilisé aux contraintes sanitaires, n’a pas développé de système d’assainissement rudimentaire, tel que les latrines. En outre, la Guyane connaît une forte poussée démographique (plus de 5 % par an), et une diversité sociale forte qu’il est difficile de répondre aux besoins de chacun (accès à la prévention et soins contre ces maladies).
La Guyane est le plus grand et le moins peuplé de tous les départements français. Il est divisé en plusieurs zones géographiques où les conditions de vie sont différentes. Le territoire peut être partagé en trois zones géographiques :
- Les communes du littoral, qui sont équipées en système de traitement, de distribution et de collecte des eaux. Elles bénéficient également d’équipements médicaux performants.
- Les communes en bordure de fleuve utilisent principalement l’eau de celui-ci dans la vie quotidienne (pompage, utilisation et rejet des eaux usées). Ce qui implique souvent des contaminations en aval des premiers villages et parfois dans le même village. Les dispensaires ne sont pas toujours équipés pour subvenir aux besoins urgents des habitants.
- Les sites d’orpaillage en forêt ont le même cycle d’utilisation de l’eau domestique (pompage dans les criques, utilisation et rejet des eaux usées). Ces sites extrêmement isolés ne bénéficient d’aucun équipement médical, si ce n’est les infirmeries rudimentaires des camps.
En Guyane, ce sont 10 000 personnes qui ne sont pas desservies en eau potable.
4.b - Dans le cas des maladies aquatiques
Les parasites pulullent dans les régions chaudes et humides, lieux de prédilection de leurs hôtes, mollusques ou larves d'insectes, dont certains affectionnent les canaux d'irrigation quand d'autres préfèrent les eaux courantes ou encore les eaux stockées. Ces parasites sont transmis à l'homme par pénétration à travers la peau.
Bilharioze et onchocercose
La bilharioze, endémique en Asie et en Afrique, est due par un tout petit ver, le schistosome, qui vit aux dépens de certains mollusques se développant dans les eaux stagnantes. Ces mollusques prolifèrent dans les champs irrigués où ils infectent les paysans qui y travaillent sans protection.
L'onchocercose qui engendre la cécité est causée par un ver véhiculé par la mouche, la simulie, dont les larves vivent dans les eaux courantes.
Paludisme et dengue
L'agent responsable du paludisme, le plasmodium est un protiste (plasmodium) qui ne vit pas dans l'eau. Il parasite un moustique qui lui en a besoin et qui se satisfait de la moindre eau stagnante. Cette maladie est transmise à l'homme par la simple piqûre d'un moustique infecté. La dengue est due elle à un virus.
Seules les femelles moustiques piquent car elles ont besoin de sang pour la maturation de leurs oeufs. Les mâles ne se nourrissent que de nectar de fleurs. Les oeufs sont pondus isolément à la surface de l'eau et vont éclore pour donner des larves puis des nymphes qui vivront dans l'eau avant de se transformer en moustique adulte. Le passage de l'oeuf au moustique nécessitera 10 à 15 jours suivant l'espèce et la températude ambiante.
Il existe 200 espèces de moustiques en Guyane réparties en 4 grandes familles : anophele, aedes, culex et mansonia. Seule la famille des anophèles peut transmettre le paludisme, notamment l'anophèle darlingi. La famille des aedes est celle qui transmet la dengue. Les anophèles sont surtout actifs la nuit, du crépuscule jusqu'à l'aube quand les aedes sont agressifs durant la journée.
On remarque une augmentation de la fréquence de ces maladies à l'échelle mondiale comme locale. Il existe plusieurs raisons à cela : les parasites développent des résistances aux médicaments, les moustiques des résistances aux insecticides; les sites de reproduction des moustiques se multiplient du fait de la modification de l'environnement (déforestation, décharges sauvages, ouverture de barranques sur les sites d'orpaillage... qui favorisent les eaux stagnantes. En Guyane, on compte 5000 cas de paludisme/ an et 4000 cas de dengue.
4.c - Dans le cas des risques liés aux composés chimiques
2.1.3.Les pollutions
Les pollutions au mercure peuvent être dues aux sites d’exploitation aurifères, qui utilisent ce dernier pour l’extraction de l’or (1/2kg de mercure pour 1kg d’or extrait). Les populations touchées sont situées à l’aval de ces sites : la dose de mercure ingérée par l’intermédiaire des poissons est égale voire deux fois supérieure aux doses tolérables par l’OMS : 200 à 450µg par semaine au lieu de 200µg par semaine maximum. Il a été observé que l’eau filtrée ne possédait pas beaucoup de mercure, la contamination se fait par les poissons piscivores situés en haut de chaînes alimentaires, qui concentrent jusqu’à 1000 fois plus de mercure que les espèces herbivores. Le SDAGE préconise la mise en place d’un réseau de suivi adapté pour la poursuite de l’approche scientifique sur le mercure dans l’environnement et sur les populations. De mettre en œuvre rapidement un plan d’action technique, sanitaire et de communication fondé sur les résultats des recherches scientifiques dès l’arrivé de ces derniers. Imposer et faire respecter la législation de la loi en vigueur aux opérateurs miniers, prospecteurs et exploitants d’or.Lien volet1 : poissons, le mercure existant naturellement dans les sols et qui est remis en circulation par la déforestation et l’érosion.
Le plomb, se trouve rarement à l’état naturel dans l’eau, mais les anciennes tuyauteries en contiennent : qualité de l’eau + acidité + dureté + température + contact avec canalisation provoque une corrosion plus ou moins importante qui dissout le plomb. L’utilisation des canalisations en plomb est interdite.
Illustration : Cf. schéma p57 «cet or qui file un mauvais mercure », la Recherche déc. 2002 n°359