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2 - L'eau potable
L’eau potable est une eau destinée à la consommation humaine, qui répond à des normes précises (physico-chimiques, bactériologiques) et qui peut donc être bue sans provoquer de maladies.
En Guyane, 98 % de l’eau potable desservie à la population connectée est issue des eaux de surface principalement des fleuves et des criques.
La bonne gestion de l’eau distribuée et la réduction de la pollution des cours d’eau deviennent des impératifs économiques, car si l’eau prélevée à la base est de bonne qualité, les coûts de potabilisation seront moindres. Les communes du littoral disposent d’infrastructures permettant de distribuer une eau de qualité.
Toutefois, 15 % de la population guyanaise n’a pas accès à l’eau potable principalement dans les communes de l’intérieur.
2.a - Le contexte de l'eau potable
En Guyane, on estime que 15 % de la population n’est pas connectée à un système d’adduction d’eau potable dont 70 % se situeraient en milieu rural. Pour fournir en eau potable les abonnés, il existe 41 unités de production réparties sur le territoire. Ces équipements appartiennent aux communes ou au groupement de communes : Communauté de Communes du Centre Littoral (CCCL), Communauté de Communes de l'Ouest Guyanais (CCOG ), et sont gérés par les collectivités en régie ou par la Société Guyanaise Des Eaux (SGDE).
Les précipitations abondantes environ 3 000 mm d’eau par an (sur le littoral) laissent à penser qu’il n’y a pas de problème de quant à la disponibilité de la ressource en eau. Cependant, il faut considérer l’hétérogénéité de la répartition de la population qui se concentre à 90 % sur le littoral.
La Guyane est confrontée à un problème qualitatif. En effet, le respect des normes européennes et françaises en matière de qualité de l’eau potable implique de lourds investissements en terme d’équipement. Or, dans les sites isolés, dans les écarts du Maroni et du Haut-Oyapock, la dispersion des habitants ne permet d’installer des infrastructures aussi importantes dans tous les lieux.
L'orgine de l'eau destinée à la consommation.
L’eau potable destinée à la consommation provient soit de :
- L’eau de surface En Guyane, 98 % de l’eau potable desservie à la population est issue des eaux de surface. Les eaux superficielles sont directement prélevées par pompage dans les cours d'eau ou les retenues. Si l’on se réfère à la qualité bactériologique de ces dernières, il serait opportun de réaliser les captages dans les lacs, puis les criques et enfin les fleuves. Car, ces milieux sont bien souvent utilisés comme le réceptacle des déchets de tout l'environnement. Pour des raisons techniques et financières, les fleuves alimentent 79 % de la population.
- L’eau souterraine Les forages, en nappe alluviale et les puits alimentent 2 % de la population. Les prélèvements d’eau sont réalisés à partir de 39 ouvrages souterrains, dont six sont équipés de pompes à bras. Les quantités d’eau prélevées en règle générale restent modestes. Seuls 5 ouvrages permettent de délivrer plus de 7 m³/h. L’eau souterraine est généralement de bonne qualité mis à part les éléments fer et manganèse, elle peut nécessiter un traitement simple vis à vis des paramètres bactériologiques.
- L’eau de pluie Dans certains écarts l’eau de pluie est récoltée et utilisée. Un projet pilote est mené par un bureau d’études pour le compte de la Direction de la Santé et du Développement Social (DSDS) pour mettre au point un système efficace de récolte des eaux pluviales. L’objectif est d’améliorer l’accessibilité à l’eau potable et de ce fait, améliorer les conditions de vie.
La disparité dans l'approvisionnement en eau.
- Les grands services : communes du littoral et les grands bourgs de l’intérieur
Les communes du littoral, et les grands bourgs de l’intérieur ont confié l’exploitation de leur service d’alimentation en eau potable à la SGDE, en signant des contrats d’affermage ou de gérance. Elles bénéficient alors du savoir-faire d’un professionnel, d’un entretien régulier garant d’une eau de bonne qualité.
Toutefois, les territoires très peuplés peuvent connaître des problèmes de production, en période de forte consommation. C’est le cas de l’usine de traitement de l’eau potable de la Comté qui alimente l’ensemble du territoire de la CCCL. En période de sécheresse, il arrive que la capacité de production d'eau potable soit insuffisante.
L’enjeu aujourd’hui pour les élus, responsables en matière de distribution d’eau potable, est d’une part, d’accroître sa capacité de production et de renforcer le réseau, afin de faire face à l’augmentation de la consommation et du nombre d’abonnés. Et d’autre part, d’améliorer la qualité de l'eau. Les solutions envisagées par la CCCL (étude SOGREAH) sont de réaliser un captage dans le Kourou et construire une unité de potabilisation à Matiti et de réduire les fuites estimées à 31 % de la production.
En effet, les usines du Rorota et de la Comté produisent 35 100 m³ par jour (Mission Balland, Hanus, Roux), alors qu’en moyenne les abonnés de la CCCL consomment environ 20 654 m³ par jour. La différence est attribuée à des branchements illégaux et/ou à des fuites sur le réseau de canalisation.
- Les petits services : autres installations.
Sur les communes de Saül, de Ouanary, de Saint-Elie, de Camopi et les sites isolés, la mission de production et de distribution de l’eau potable est gérée par les services municipaux. Généralement, la technique utilisée est une filtration et une chloration de l’eau. Ces chlorations uniques ne permettent donc pas de garantir une eau de bonne qualité. Le prélèvement d’eau journalier est estimé entre 0.6 et 4 m³.
Le défaut d’entretien sur ces infrastructures et le manque de formation des agents font que l’eau distribuée dans ces communes est souvent de
très mauvaise qualité, provoquant ainsi, une forte récurrence des maladies hydriques. En janvier 2005, 40 % des habitants de Camopi avaient contracté une gastro-entérite due à l’absorption d’une eau de mauvaise qualité. L’enquête a montré la présence de germes fécaux dans l’eau distribuée et de nombreux dysfonctionne
ments liés à l’unité de traitement de l’eau potable et à son captage.
Dysfonctionnement dans la potabilisation de l'eau à Camopi - crédit : DSDS |
- Les installations dans les écarts.
A l’instigation de la Direction de la Santé et du Développement Social (DSDS) et de la Direction de l’Agriculture et de la Forêt (DAF), certaines mairies ont testé la mise en place de pompes à bras.Ces installations permettent d’utiliser l’eau des nappes phréatiques sans apports d’énergie extérieure pour le pompage de l'eau. Le prélèvement de cette dernière est estimé à 500l/j par pompe.
Photos
Ressources
1 personne sur 5 n'a pas encore accès à l'eau potable dans le monde.
Article : C. SEGHIER, mars 2006 - Une personne sur cinq...
Installer des systèmes de récupération d'eaux pluviales.
Article : C. SEGHIER, 2006 - Installer des systèmes de...
La CCCL choisit son nouveau partenaire
Article : DV, juin 2006. La CCCL choisit son nouveau pa...
2.b - Le traitement de l'eau potable
Avant d'arriver dans les robinets, l’eau brute est pompée dans les fleuves ou les rivières. Puis, elle est envoyée dans un bassin de décantation afin d'être débarrasser des éléments les plus lourds. Puis, elle est filtrée pour oter les impuretés puis désinfectée pour supprimer les microbes. Il existe 4 types de traitement de potabilisation des eaux brutes suivant la qualité de l’eau brute :
- la désinfection au chlore. Cette méthode est appliquée généralement à l’eau souterraine car, elle est bien préservée des facteurs polluants. En Guyane, 10 installations utilisent la désinfection au chlore comme traitement de l’eau potable.
- la filtration sur sable et désinfection au chlore,
- le traitement physico-chimique complet classique. Cette technique comprend une phase de pré-oxydation au chlore (non systématique), une phase de floculation (sulfate alumine et chaux), une phase de décantation, une phase de filtration sur sable et enfin une phase de désinfection et mise à l’équilibre (chlore et chaux). 12 unités ont adopté cette technique.
- le traitement physico-chimique complet avec affinage final. Ce processus comprend une phase de pré-oxygénation, une phase de floculation (sulfate d’alumine et chaux) et de reminéralisation avec régulation pH (gaz carbonique et chaux), une phase de décantation lamellaire, une phase de filtration sur sable, une phase de post-ozonation, une phase d’affinage sur charbon actif et enfin une chloration finale. C’est l’unité de traitement de Kourou qui réalise ce processus de traitement de l’eau potable.
Une fois l’eau traitée, elle est envoyée par le réseau d’adduction via les réservoirs (château d'eau, réservoirs surélevés, réservoirs souterrains). Ces derniers ont pour fonction : donner de la pression à l'eau sortant du robinet, de stocker l’eau pour réguler les pics de consommation ou de faire face à des imprévus tels qu'une pollution ponctuelle, une rupture de canalisation.
La capacité de stockage est définie en fonction des consommations journalières et, on essaie de stoker une journée de consommation. La surcapacité de stockage peut entraîner une dégradation de la qualité de l’eau par la prolifération de bactéries.
Les normes de qualité de l'eau potable
Selon le code de la Santé Publique, quiconque offre au public de l’eau en vue de l’alimentation humaine à titre onéreux ou à titre gratuit et sous quelque forme que ce soit est tenu de s’assurer que cette eau est propre à la consommation.
L'eau du robinet demeure en France, l'un des aliments les plus contrôlés. Il existe cinq catégories de paramètres :
Des paramètres microbiologiques : bactéries, coliformes, streptocoques fécaux, entérocoques... Les paramètres microbiologiques représentatifs du risque biologique à court terme constituent la famille la plus recherchée.
Des paramètres physico-chimiques : le pH, la dureté, l'oxygène dissous, les minéraux, etc
Des paramètres concernant des substances indésirables : nitrates, nitrites, matières en suspension. Les nitrates sont recherchés dans l'eau potable en raison des risques que des teneurs excessives sont susceptibles de faire courir en particulier aux nourrissons. Chez l'adulte, les nitrites sont suspectés, d'être à l'origine de cancers.
Des paramètres concernant des substances toxiques : métaux lourds, pesticides.
Des paramètres organoleptiques : ceux qu'on perçoit par les sens : le goût, l'odeur, la couleur et la transparence
Le coût de l'eau potable
L’eau a un coût, car le processus de fabrication de l’eau potable est long et difficile, il nécessite la mise en place d’infrastructures pour respecter les normes en vigueur.
Selon l’article 13-II de la loi sur l’eau de 1992, la facture d’eau :
- comprend un montant calculé en fonction du volume réellement consommé par l’abonné ;
- et peut comprendre un montant calculé en fonction des charges fixes du service et des caractéristiques de branchement.
La tarification au forfait reste dérogatoire, elle est possible par exemple pour les petites communes dans certaines conditions prévues par les textes. Le prix de l'eau comprend trois grandes composantes :
- distribution de l'eau potable :
- collecte et assainissement des eaux usées
- taxes et redevances
Cependant, le prix de l'eau varie considérablement d'une commune à l'autre en fonction des critères tels que la densité de la population, la qualité et la proximité de la ressource en eau, les investissements réalisés par la commune pour le réseau d’eau potable. C’est ainsi qu’1m³ d’eau hors taxe coûte 1,4036 euros sur le territoire de la CCCL et 1,3554 euros à Kourou par exemple, alors qu'il coûte en moyenne 2,6252 €/m³ dans le Sud ouest de la France.
2.c - Les usages de l'eau
L'eau domestique.
L’eau domestique comprend toutes les utilisations nécessaires à la satisfaction des besoins quotidiens. Cet usage comprend l’eau nécessaire pour l’alimentation pour la boisson, pour le lavage, l’hygiène, l’évacuation des déchets organiques, l’arrosage du jardin et l'alimentation des animaux domestiques.
Saviez-vous qu’en Europe la consommation domestique est estimée à 180 l/hab/jour, alors qu’elle n’atteint pas 30 litres dans beaucoup de pays africains. Toutefois, dans certaines villes américaines, la moyenne peut atteindre 400 l/hab/jour.
Comme partout dans le monde il existe une disparité dans la consommation d’eau domestique entre les habitants des villes et les habitants des campagnes. En Guyane, la production d’eau potable pour la population connectée est estimée à 10.5 millions de m³/an. La consommation moyenne d’un habitant des villes guyanaises (200 l) est supérieure à celle de la métropole (150 l), même si elle diminue régulièrement.
Cependant, l’augmentation croissante de la population posera des problèmes relatifs à la capacité de production tant au niveau des communes de l’intérieur que celles du littoral. Le renforcement des moyens de production est indispensable pour fournir en eau les nouveaux abonnés.
L'eau industrielle.
L'eau est au cœur de nombreux procédés industriels, par exemple le lavage et l'évacuation des déchets, le refroidissement des installations ou pour faire fonctionner les chaudières. Le refroidissement des installations représente l'essentiel de la consommation industrielle.
En Guyane, les filières de production d’énergie, d’agroalimentaire ainsi que le Centre Spatial Guyanais sont connectées au réseau d’eau potable. Leur consommation représente 10 % du total du prélèvement en eau, réalisée par la SGDE. Ce qui représenterait 477 000 m³ d’eau potable en 2004 prélevés en eau de surface. Par exemple, la société SOLAM prélève chaque jour 1700 m³ d’eau potable et seulement 10 à 15 % entrent dans la confection des yaourts. La quantité d’eau restante est utilisée comme source d’énergie et pour le nettoyage des équipements.
La quantité d'eau nécessaire pour fabriquer :
| Produit | Quantité d'eau |
| 1 litre de bière | 5 l |
| 1 kg de sucre | 50 l |
| 1 kg de papier | 400 l |
| 1kg de coton | 7 000 à 29 000 l |
Ressource
Pollution des eaux superficielles et souterraines de France.
Article : F. LABY, août 2006 - Les eaux superficielles...
