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1 - Deux marais parmi d'autres
Au premier abord, on a l’impression d’être dans une savane tapissée d’herbes hautes qui tremblent sous le vent. Entre les touffes de moucou-moucou réparties ça et là, quelques nénuphars flottant à la surface de l’eau… l’œil a bien du mal à distinguer où commence la terre et où finit l’eau.
Derrière cette apparence toute tranquille, se cachent pourtant une vie foisonnante et de grands trésors … que l’on ne trouve nulle part ailleurs.
Et si nous allions les découvrir !
En Guyane, les marais occupent 1500 km². On les trouve essentiellement sur les communes comprises entre Cayenne et le fleuve Oyapock (Savane Gabrielle, Plaine de Kaw, Pointe Behague) ; puis, au nord-ouest entre Sinnamary et Saint-Laurent (pripri de Yiyi, Savane Sarcelle). Sur la commune de Macouria, s'étendent également les importants pripris Maillard (classés en ZNIEFF).
Ces écosystèmes sont situés dans les endroits où les précipitations sont comprises entre 2000 mm et 3000 mm par an. Toutefois, les saisons sèches sont marquées ce qui conduit à une évaporation très forte voire même à des déficits en eau.
Les deux marais les plus emblématiques sont :
Le grand pripris de Yiyi, commune de Sinnamary
Le mot Yiyi vient du nom de la famille créole Sophie. Au XIX ème siècle, Sylvain Sophie arrière-grand-père de Albert Sophie vivant à Trou Poisson s’installe sur l’amont de la crique Garré. Le diminutif de son nom, Yiyi, restera attaché aux marais.
Présentation du grand Pripri.
Le grand Pripri de Yiyi se situe sur le territoire des communes de Sinnamary et d’Iracoubo, et s’étend sur environ 15 000 ha. Cet écosystème occupe une position centrale entre deux autres grands marais guyanais, la Plaine de Kaw à l’est et la Savane Sarcelle à l’ouest.
Ce site présente un ensemble diversifié et représentatif des zones humides rencontrées en Guyane : zones d'eau libre (étangs), forêts-galeries, savanes inondables, marais, marécages et mangroves. Outre les îlots forestiers émergents, le pripris de Yiyi est formé par des zones libres et par des prairies flottantes, localement appelées « tremblants ». Tous ces milieux possèdent un lien commun : ils sont alimentés par l’eau de la crique Yiyi.
Une biodiversité exceptionnelle.
Ce site accueille des espèces végétales exceptionnelles au niveau de la Guyane. Dans les savanes inondables, deux orchidées d’une très grande rareté ont été découvertes l’Eleocharis interstincta et la habenaria longicauda subsq. La première a été découverte dans 4 sites sur l’ensemble du territoire tandis que la seconde n’est présente que sur uniquement deux sites. De plus, une turneracea, Turnera guianensis qui est une plante endémique de la partie nord du plateau des Guyanes est également présente.
Le pripri abrite une faune très variée de 211 espèces d’oiseaux : le canard musqué, le jacana noir, l’aigrette neigeuse. On y rencontre aussi l'’espèce la plus représentative de la mangrove: la buse des crabes et le milan des escargots dans les zones plus marécageuses.
La faune piscicole compte 59 espèces ce qui est relativement pauvre par rapport à celle du moyen ou du haut-Sinnamary. Toutefois, on y retrouve de nombreux juvéniles qui n’ont pas été retrouvés dans les cours d’eau voisins, en particulier, l’atipa-gran-bwa, le prapra, le yaya (Cichlasoma bimaculatum) ou encore le zophi noué. Le poisson feuille qui est très rare dans le bassin du Sinnamary est très commun à Yiyi. Le pripri a un rôle important de nurserie des juvéniles des poissons côtiers.
Parmi les mammifères, le grand pripris de Yiyi abrite également des espèces devenues très sensibles à la chasse à savoir le cabiaï et le tapir.
Les caïmans rouges et les caïmans à lunettes sont plus facilement visibles à la tombée de la nuit.
Le statut de protection et l'aménagement
préserver la grande richesse mais également la fragilité du pripris de Yiyi que le Conservatoire du Littoral en a acquis 8 000 ha en 1995. Puis, il a confié en novembre 2004, la gestion de la maison de la nature de Sinnamary à l’association SEPANGUY (Société d’Etudes de Protection et d’Aménagement de la Nature en GUYane).
La maison de la nature de Sinnamary est une structure d’accueil qui permet de découvrir ces écosystèmes grâce à des aménagements réalisés par le Conservatoire du Littoral. Une vue d’ensemble est possible grâce à une tour de 7 m de haut. L’affût aménagé dans le marais permet une observation des oiseaux, mais également des autres espèces.
Pour compléter ces outils, des panneaux pédagogiques ont été mis en place le long d’un sentier balisé de 3.7 km. Dans la maison de la nature des expositions présentes des éléments de la faune et de la flore de la Guyane.
Pour préserver la quiétude des animaux, il est interdit de chasser, de circuler avec des véhicules à moteur sur l’ensemble des plans d’eau, conformément à l’arrêté municipal de 1998.
Une histoire entre la canne à sucre et les marais.
En 1996, la compagnie sucrière de l’ouest guyanais propose un projet sucrier à Counamama près de Trou Poissons sur les terres de la commune de Sinnamary et d’Iracoubo. Le projet proposait de produire 60 000 tonnes de sucres par an, d’employer 650 personnes dont 200 permanents.
Cependant, sur le plan économique, ce projet comportait de nombreux risques. Si l’on se réfère aux premiers tests réalisés au Surinam et au Guyana, la qualité des sols et les conditions météorologiques équatoriales n’auraient pas permis d’atteindre le rendement de 95 tonnes de canne à sucre à l’hectare.
En outre, sur le plan écologique, ce projet aurait eu des conséquences irréversibles sur les marais et les savanes. En effet, le drainage des sols et les apports de produits phytosanitaires nécessaires à la culture de la canne à sucre auraient pu altérer les milieux aquatiques situés à l’aval. La menace phytosanitaire aurait été d’autant plus grand que le traitement se serait fait par voie aérienne.
Contacts :
Maison de la nature de Sinnamary
123 K route nationale 1
97315 SINNAMARY
tel : 0594 34 58 53
SEPANGUY Kourou
BP 01
97310 KOUROU CEDEX
tel : 0594 32 10 45
Fax : 0594 32 52 53
Mèl : sepanguy.kourou@laposte.net
Conservatoire du Littoral.
Maison du Parc Naturel Régional
97300 CAYENNE.
tel : 0594 28 80 29.
Fax : 0594 28 72 82
Mèl :
Les marais de Kaw, commune de Régina
Présentation de la réserve naturelle de Kaw- Roura
La réserve naturelle des marais de Kaw-Roura a été créée le 13 mars 1998 et est gérée par l’association Arataï. C’est la deuxième plus grande réserve naturelle (avec ses 94 700 ha) et la plus vaste zone humide de France.
En effet, la plaine, les marais et la forêt humide de Kaw sont reconnus Zone Humide d’importance internationale (convention RAMSAR). Cette dernière sert de cadre à l'action nationale et à la coopération internationale pour la conservation et l'utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources.
La plaine mais également la montagne de Kaw sont connues pour leur fort endémisme mais également pour leur biodiversité exceptionnelle. En effet, la forêt de la Montagne de Kaw possède la plus forte pluviométrie de la Guyane, ce qui expliquerait qu'elle aurait servi de refuge pour la faune et la flore lors des périodes de grandes sécheresses de l’ère du Pléistocène.
Une biodiversité exceptionnelle.
Deux cours d’eau principaux traversent cette plaine : la rivière de Kaw qui prend naissance sur le flanc sud de la Montagne de Kaw et sur le versant nord des Monts de l’Inéry ; et la crique Angélique qui draine le versant nord de la Montagne de Kaw. La végétation, moins dense que celle des forêts, offre un abri précieux à une faune riche, variée, surprenante mais fragile.
Les trois espèces les plus emblématiques du marais demeurent l’Hoazin huppé, l’atipa et le caïman noir.
- L’hoazin huppé est le seul oiseau ruminant connu au monde. Il se nourrit principalement de feuilles de moucou-moucou. Cet oiseau a la particularité de voler très mal. Son poussin possède deux griffes à chaque aile qui l'aident pour se déplacer dans la végétation arbustive.
- L’atipa peut vivre dans une eau pauvre en oxygène, en saison sèche par exemple, il s’enfouit dans la vase et peut y séjourner ainsi plusieurs mois. Il possède une cuirasse et il peut se mouvoir à petits pas sur le sol grâce à deux « pattes ». C'est un ressource importante et un poisson réputé pour sa chair en Guyane.
- La population de caïman noir du marais est considérée par les scientifiques comme l’une des dernières populations viables au monde, avec celle du Pérou. Concentrée au cœur du marais, là ou l’action de l’homme ne se fait pas ressentir, les individus adultes peuvent atteindre 5-6 mètres de long. Le caïman noir a été très chassé pour sa chair et sa peau ainsi, depuis mars 1973, il est intégralement protégé par la convention de Washington.
La plaine est en continuité avec le bassin amazonien et de ce fait, est peuplée d’espèces amazoniennes telles que le caïman noir, la tortue matamata, la buse ardoisée et le toucan toco. Ainsi, plus de deux cents espèces d’oiseaux vivent dans cet espace parmi lesquelles, occasionellement le Tantale d’Amérique, la Cigogne maguari ou la Spatule rose.
Les oiseaux jouent un rôle primordial dans la naissance de la chaîne alimentaire aquatique du marais. En effet, au moment de la reproduction, au niveau de certaines mares, de grandes colonies d'échassiers nichent et fertilisent les eaux par leurs déjections.
Au niveau de la faune aquatique, le marais de Kaw possède un large panel d’habitats qui permet aux poissons comme le yaya koumarou (Metynis lippincotianus) ou le prapra soleil (Astronotus ocellatus), aux grands mammifères comme le lamantin ou les reptiles avec le lézard caïman, d’y élire domicile.
Une réserve habitée.
La réserve naturelle de Kaw- Roura a la particularité d’être habitée par une soixantaine de personnes formant ainsi le village de Kaw. Ces derniers vivent de la pêche, de l'agriculture traditionnelle sur brûlis. On peut observer un élevage extensif de zébus dans les zones inondables.
Avec l’attrait des touristes pour ce site magnifique, les villageois se tournent vers le tourisme en proposant des structures d’hébergement, de restauration entre autre.
Pour lier accueil et préservation du site naturel, l’association ARATAI, gestionnaire de la Réserve Naturelle, dispose d’une équipe de gardes-animateurs qui surveillent, informent sur la réglementation en vigueur dans la réserve pour préserver la fragilité de cet écosystème. En effet, quatre zones ont été définies dans la réserve où la circulation, la pêche, la chasse sont réglementées. L'association Arataï possède également une exposition à destination des visiteurs dans la Maison de la Réserve à l'entrée du village de Kaw.
L'incontournable canal de Kaw.
est le plus ancien de Guyane. Il fut creusé par les esclaves, à la fin du 18ème siècle, à l’initiative de l’ingénieur Guizan, afin de relier la rivière de Kaw au fleuve Approuague. Long de 7 700 m, il avait pour objectif de faciliter la mise en place d’habitations en permettant l’assèchement des terres et le transport des produits.
Les terres poldérisées ont permis la mise en place d’exploitations de canne à sucre, de roucou et d’épices. Un
survol du marais permet d’apercevoir ces vestiges de l’époque.
Crédit : I. Valquin (SEPANGUY)
Contacts :
Association ARATAI
1 lot. des nénuphars
97354 REMIRE-MONTJOLY
tel : 0594 28 40 20
Fax : 0594 28 40 19
Mèl : aratai@wanadoo.fr
Maison de la réserve de Kaw- Roura
Bourg de Kaw
97353 Kaw
Tel : 0594 27 08 02.
Fax : 0594 31 28 61
Mèl : réserve.kaw@wanadoo.fr

