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1 - Un coup d'oeil sur le littoral de la Guyane
La côte guyanaise est longue d’environ 320 km et est baignée par l’océan Atlantique dont la couleur varie du beige au marron en fonction des endroits et des périodes. Si la mangrove couvre 80 % du linéaire côtier, un large panel d'habitats (plages, rochers, vasières...) s'offre aux espèces terrestres et aquatiques.
Mais le littoral guyanais est très changeant que ce soit dans l'espace ou le temps. Tout comme ses pays voisins, il est marqué par l’un des plus importants phénomènes d’envasement et d’érosion au monde du fait des importants rejets sédimentaires de l'Amazone et de la dynamique des courants marins dans cette zone.
1.a - Les 3 différents types de côtes
Le littoral guyanais est composé d'un ensemble de zones rocheuses, sableuses ou vaseuses. Son paysage change à la fois dans l'espace et dans le temps.
Les zones rocheuses
Formations géologiques très anciennes, elles sont limitées à quelques sites
- sur l’Ile de Cayenne : les pointes de Montabo, Montravel, Bourda
- à Kourou : la Pointe des Roches,
- entre les emboucures de l'Approuague et de l'Oyapock : la Montagne d’Argent et à la Fausse Montagne d’Argent,
On retrouve aussi traces de ces côtes rocheuses sur les îles proches du littoral: les Iles du Salut, l’île du Grand Connétable, les îlets de Rémire. En raison d'une quasi absence de sol organique, de rudes conditions d'ensoleillement et des embruns salés permanents, la végétation est pauvre et discontinue sur les rochers.En revanche, ces côtes rocheuses favorisent le développement d'herbiers sous-marins à leur proximité.
Les zones sableuses
Elles sont instables dans le temps, puisque soumises au déplacement des bancs de vase. Lorsque la plage n’est pas protégée par un banc au large, elle s’érode sous l’action de la houle et des courants. Le sable repart car il n'est plus freiné par les bancs de vase. Ceci conduit à un déplacement des stocks de sable à l’intérieur des baies. Ainsi les profils de plage évoluent sans cesse. Malgré les conditions difficiles, les plantes comme les hypomées poussant sur le sable ont un pouvoir de colonisation et une croissante rapide.
Les zones vaseuses
C’est le domaine de la vasière et de la mangrove littorale. Leur existence est soumise également au déplacement des bancs de vase issus des rejets de l'Amazone. Les vasières sont des milieux productifs, grâce :
- aux apports en argile des rivières, qui fixent les éléments nutritifs,
- aux déchets organiques produit par la mangrove (feuilles mortes …),
- à l’arrivée des éléments nutritifs (ou sels minéraux), lors des marées hautes,
- à la température élevée et l’ensoleillement.
Les vasières permettent à une faune variée de naître, grandir ... Les micro-organismes qui s'y développent, sont le point de départ d’une importante chaîne alimentaire tant terrestre qu'aquatique: larves de crevette, crabes, poissons, oiseaux.
Photos
1.b - L'influence de l'Amazone
Situé à 400 kms des côtes de la Guyane, l’Amazone rejette chaque année environ 1 milliard de tonnes d’alluvions dans l’atlantique. Les apports d’alluvions sont estimés à 38 tonnes par seconde environ. Le fleuve contribue à environ 18 % des apports d’eau douce et 10 % des sédiments déversés chaque année dans l’océan mondial.
Les quantités de sédiments qui alimentent le plateau continental des Guyanes ont un aspect saisonnier. En effet, elles varient en fonction de la position de la Zone Intertropicale de Convergence des Alizés (ZIC) et du débit de l’Amazone. Aussi, le plaquage de la vase le long de la côte est lié à la double influence du courant Nord-Brésil et aux houles de l’alizé de secteur nord-est.
La Zone Intertropicale de Convergence des Alizés
Cette zone naît de la rencontre des vents issus de l’anticyclone des Açores (hémisphère nord) qui génère des alizés soufflant en provenance du nord-est, et de l’anticyclone de Sainte-Hélène (hémisphère sud) dont les alizés soufflent en provenance du sud-est. Cette masse nuageuse humide et instable détermine le climat et les vents auxquels est soumise la Guyane.
Lorsque la ZIC remonte du sud de l’équateur, vers le mois de novembre, c’est la saison des pluies qui s’installe sur le bassin amazonien. Ainsi, les alizés dominants viennent de l’anticyclone des Açores. Ces vents ont la particularité d’être puissants, instables et humides.
Lorsque la ZIC est positionnée au nord de l’équateur (au-dessus de 10° de latitude nord), à partir du mois d’avril, c’est la saison sèche qui s’annonce. Les alizés dominants viennent de l’anticyclone de Sainte-Hélène, et sont secs, de faible intensité et stables.
L’oscillation de la ZIC a des conséquences sur la circulation des courants océaniques de surface, et donc sur les modalités de transport des sédiments rejetés par l'Amazone.
- à la saison humide, les alizés soufflant vers le nord-est oriente le courant des Guyanes vers le plateau des Guyanes. Ainsi, c’est la moitié de la masse d’eau douce et 20 % des sédiments en suspension qui sont rejetés par l’Amazone, qui atteignent le plateau des Guyanes. A cette période de l’année, la salinité de l’eau atteint 10 pour mille et la turbidité peut atteindre 500mg/l voire plus.
- à la saison sèche, entre les mois de septembre et d’octobre, le débit de l’Amazone diminue de 60 à 70 %. Les alizés soufflent depuis le sud-est, le courant disperse sur les fonds marins la majeure partie des matériaux amazoniens. La mer est plus calme et moins chargée en sédiments et la salinité de l’eau remonte à 30 pour mille.
2.c - Une dynamique d'érosion et d'envasement
Le trait de côte du plateau des Guyanes se distingue par son évolution permanente. La mer peut gagner ou perdre sur la terre, environ 100 m en un an. Ce phénomène d’envasement et d’érosion se produit depuis au moins 3 000 ans.
En fonction des courants des Guyanes et de la houle, les sédiments sont emportés sous forme de matières en suspension ou sous forme de bancs de vase de 10 à 50 km de long. Ces derniers se déplacent vers le nord-ouest à une vitesse évaluée entre 0,5 et 2 km par an.
Selon les scientifiques, environ tous les 20 à 30 ans, chaque commune du littoral se retrouve soit en situation d’érosion ou soit en situation d’envasement. Lorsqu’un banc de vase s’installe, la terre avance sur la mer. On dit alors que la ligne de côte avance ou « prograde ». C’est dans cette configuration que la mangrove du littoral se met en place. Par exemple près de Kourou, la mangrove a avancé de deux kilomètres entre 1976 et 1986.
Entre deux bancs de vase, la ligne de côte recule, la mangrove est arrachée et la vase est évacuée par les courants et l’érosion marine. Ce phénomène naturel influence largement le fonctionnement des écosystèmes côtiers : déviation des estuaires, envasement et désenvasement des côtes, développement et mort de la mangrove, évolution des marais sub-côtiers.