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2 - Une biodiversité exceptionnelle

Les populations de poissons guyanaises d'eau douce et d'eau saumâtre sont riches de près de 500 espèces. Le bassin versant du Maroni, le plus riche, en compte à lui seul plus de 210. Cette richesse s'avère plus importante, en l'état actuelle des connaissances, que celles du Suriname (318 espèces) et du Guyana (359 espèces). Les eaux douces guyanaises présenteraient une richesse spécifique supérieure à celle des autres grands bassins néotropicaux. Il existe un fort degré d'endémisme, près d'une centaine d'espèces qui ne sont connues dans le monde, qu'en Guyane.

Mais de nombreuses autres espèces se nourrissent, s'abreuvent et vivent aux abords ou dans les cours d'eau.

Sommaire

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Bord de crique en forêt

2.a - Sous l'eau

Le peuplement de poissons à l'échelle de la Guyane

La répartition des poissons permet de distinguer deux ensembles : les fleuves de l’Ouest à savoir Maroni, Mana, et ceux de l’Est, Oyapock, Approuague. La frontière se situe au niveau du fleuve Sinnamary. En effet, certaines espèces sont présentes dans un ensemble mais pas dans l’autre. Par exemple, une karp-jonn (Hemiodopsis huraulti) présente sur les fleuves de l’ouest est remplacée sur ceux de l’est par une espèce différente (Hemiodopsis quadrimatulatus).

D’autres espèces de poissons fréquentent, quant à elles, tous les fleuves de Guyane, tandis que d’autres encore ne fréquentent qu’un seul bassin versant. L’aïmara est présent dans tous les grands bassins guyanais mais est curieusement absent du fleuve Iracoubo et du fleuve Kourou. Le piraï n'est lui présent que sur les fleuves de l'ouest.

Cette spécificité s’explique par l’histoire géologique et climatique de la région. Elle a modulé la structuration et la diversification des espèces, par la variation du niveau des mers et des reliefs, les avancées ou les reculs de la forêt et de la savane, lors de périodes plus sèches ou plus chaudes et humides.

Le peuplement de poissons à l’échelle du bassin versant

A l’échelle du bassin versant, les poissons n'occupent pas l'espace de manière homogène. Il existe une répartition des populations de poissons en fonction du milieu et en fonction des saisons. Les poissons effectuent aussi des migrations longitudinales dans les rivières ou quittent en saison des pluies le lit principal pour gagner les sous-bois inondés ou les criques afin de s’alimenter ou se reproduire.

Dans la zone proche de l’embouchure, souvent soumise à l'influence de la marée dynamique, on trouve à la fois des espèces dulçaquicoles, euryhalines ou encore marines mais qui passent une partie de leur cycle vital en eau douce. C’est le cas du machoiran, de la sardine, des anchois ou du tarpon dont les jeunes immatures passent une partie de leur vie dans les zones inférieures des fleuves.

Les petites criques peuvent être très riches. Une petite crique de la Mana abritait plus de 70 espèces sur 200 m de long et 2 mètres de large, soit l’équivalent de toute la faube piscicole de métropole sur quelques mètres carrés !

La zone de source est bien moins connue du fait des difficultés d'accès. Elle est en grande partie torrentueuse et abrite des espèces de petite taille qui présentent souvent un intérêt patrimonial. La biodiversité y est moindre.

Le peuplement à l’échelle de l’habitat

Il arrive que certaines espèces qui ont des exigences particulières par rapport au milieu, ne sont présentes dans le cours d’eau, qu’à des lieux bien précis. Certaines espèces peuvent n'exister dans une crique que sur quelques dizaines de mètres carrés correspondant leurs exigences écologiques. Un banc de vase ou une succession de banc de vase favorisent la présence de corydoras. Le koumarou préfèrera les zones de sauts où poussent les salades koumarou (Moureria fluviatilis). La disparition de cette dernière par les activités anthropiques par exemple, lentraîne aussi celle des kumarou.

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Aïmara

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Piraï

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Bassins versants de la Guyane

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Tarpon

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Koumarou

2.b - Entre la terre et l'eau

Les cours d’eau permettent aussi aux espèces terrestres de pouvoir boire et se nourrir. Pac, cabiaï sont fréquemment observables le long des berges. On peut y rencontrer le tapir que l’on appelle maïpouri en créole. Ce dernier apprécie les cours d’eau, où il se nourrit de plantes aquatiques. C’est le plus gros mammifère terrestre d’amérique du sud. Il ressemble à un gros sanglier au museau allongé, avec une épaisse peau marron à poils ras et doux. Pouvant mesurer jusqu’à deux mètres et peser facilement plus de 200 kgs. Il est vulnérable d’autant fragilisé par la chasse que sa femelle ne met bas que tous les 18 mois, et qu’un individu ne peut procréer qu’à partir de l’âge de 5 ans.

Si vous avez la possibilité de remonter un cours d’eau, vous pourrez peut être observer les deux espèces de loutres présentes en Guyane : la loutre géante et la loutre commune. Ces espèces sont des indicatrices de la qualité du milieu car faisant partie des grands prédateurs, le moindre problème de pollution de l'eau finit par se répecuter sur elles de manière amplifiée (du fait des phénomènes de bioamplification au fur et à mesure de l'élévation dans la chaîne alimentaire).

Les grenouilles sont aussi très présentes, comme les dendrobates ou les surprenantes grenouilles de verre, dénommées ainsi car on peut voir l’intérieur de son corps et battre son cœur. Il n’est pas rare d’observer des bancs de têtards très foncés qui se déplacent avec un bel ensemble le long de la rive, il s’agit des petits de la rainette géographe typique des bords de rivières. Le long des criques en saison sèche, il est fréquent d’observer des cuvettes d’une trentaine de centimètres creusées dans le sol et remplies d’eau. Voici le nid fabriqué par le mâle de la rainette beuglante, pour assurer à ses jeunes une protection contre leurs prédateurs aquatiques.

Rainette beuglante - aquarelle :
Julien Salaud

La tortue à taches jaunes est commune et on peut facilement l’observer le long des fleuves, prenant le soleil sur les troncs émergents de l’eau. Parmi les reptiles, le célèbre anaconda est celui qui dans les contes et légendes amérindiens, a creuser les méandres de certains fleuves ou rivières. Le caïman gris, quant à lui, vit et chasse dans les cours d’eau forestiers. Un bruit de chute d’eau ? Peut-être est-ce un iguane qui s'est jeté à l'eau, dérangé par le bruit d’une pirogue.

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Tapir en train de se désaltérer

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Famille de loutres géantes

Ressource

Le tapir en Guyane, pourquoi faut-il arrêter son commerce ?

Article : Barrioz S., Szpiegel J.F., 2002 – Le tapir en...

En savoir +

2.c - Au dessus de l'eau

La forêt qui borde les cours d’eau constitue un lieu de vie et de repos pour de nombreux oiseaux. Les hérons et les martins pêcheurs sont les plus communs.

Les oiseaux se nourrissant essentiellement d’insectes comme l’hirondelle à ailes blanches (Sololiya, c'est elle !) et les martinets vivent au dessus des cours d’eau. Le colibri topaze qui est le plus gros colibri de Guyane fréquente les rivières, les criques ou les fleuves pour y construire son nid.

Bien d'autres espèces complètent ce cortège. L'ibis vert et le prestigieux caurale soleil sont des habitués des criques sous couvert forestier.

Les cours d’eau, en transportant les graines des plantes aquatiques ou des espèces ligneuses qui se trouvent sur les berges, participent à l’implantation de ses espèces vers de nouveaux espaces. Ce mode de dissémination par l’eau est nommé hydrochorie. En effet, les plantes de ripisylve ont un rôle très important car c’est une source de nourriture importante pour les poissons et pour la base des chaînes alimentaires aquatiques.

On distingue :

  • les rives concaves : ce sont des zones d’érosion, il n’y a pas de transition entre la forêt de terre ferme et la rivière, sauf par la présence de berges abruptes. La végétation est généralement dense et héliophile formée d’arbustes et de branches basses, ainsi que de lianes : cacao rivière, bignoniacées lianescentes.... Les essences de terre ferme se mêlent aux arbres inféodés aux berges, comme le wapa qui est caractérisé par sa gousse plate en forme de faucille.
  • les rives convexes : ce sont des zones de sédimentation et d’eaux calmes où les bancs de sable et de limons forment de petites plages colonisées par une végétation basse et dense de pripri, où les espèces les plus fréquentes sont le moucou-moucou et les pois sucrés. A noter également la présence d’arbres grêles isolés, de bois canon, bois fourmis, et yayamadou marécage. L’ensemble est souvent recouvert de lianes herbacées.

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Ibis vert

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Caurale soleil