Eau et nature > Criques > 1 - Un petit coup d'oeil sur les cours d'eau
1 - Un petit coup d'oeil sur les cours d'eau
Criques, rivières, fleuves... des visages variés. Qu'ils s'écoulent rapidement ou bien lentement, s'infiltrent, se divisent devant des pierres pour se reformer plus loin, qu'ils traversent des zones sous couvert forestier ou des zones moins ombragées, ils offrent ainsi aux espèces aquatiques une grande diversité d'habitats.
Leur tracé est en constante évolution entre la saison de pluies et la saison sèche où leurs paysages se modifient avec le niveau des eaux. A cause des nombreux débris organiques et mécaniques qu'elles charrient, les rivières ont toutes la même couleur. Celle-ci varie du beige au marron (de la couleur thé à celle du café au lait).
1.a - Le réseau hydrographique
Les cours d'eau de Guyane forment un réseau hydrographique extrêmement dense et ramifié, composé de l'ensemble des fleuves, rivières ou criques. Ceux-ci sont bien alimentés par les précipitations qui arrosent la Guyane, puisque la hauteur d'eau annuelle est proche de 4 m par an dans la zone côtière.
Le centre de la Guyane est considéré comme son château d'eau. De ce fait, de nombreuses criques et rivières prennent naissance à cet endroit et tous les cours d'eau guyanais s'écoulent du sud vers le nord, vers l'océan Atlantique. Les rivières de la zone côtière sont, par contre, soumises à l'effet de la marée océanique qui remonte en moyenne de 30 à 50 kms vers l'intérieur des terres.
Saut et bief, deux zones distinctes de la rivière
- Les zones de saut
Ces dernières se présentent comme des marches d'escalier. Dans les sauts, le courant est très rapide et l'eau est très oxygénée. Les poissons qui y vivent sont des très bons nageurs au corps cylindriques comme les carpes ou de forme aérodynamique leur permettant de se plaquer au fond. Les poissons roches dits « gorets » ont un corps aplati, une bouche en ventouse et des nageoires armées de milliers de petites épines osseuses leur permettant de s'accrocher aux rochers. On retrouve également le koumarou qui est capable de nager à contre -courant et de se déplacer dans de fortes turbulences, et le parodon, qui s'accroche aux plantes avec ses dents.
Sur les rochers immergés des rapides, poussent des plantes également adaptées au courant. La plus commune fait le régal des koumarou. La salade koumarou ou wija en langue Wayana est constituée de larges feuilles qui s'accrochent à la roche avec des crampons. Ces dernières contribuent à casser le courant dans leur environnement immédiat. Les entrelacs de leurs feuilles ménagent des abris contre le courant et les prédateurs, pour de nombreuses espèces. Invertébrés, petites espèces de poissons mais aussi alevins de poissons plus gros comme le kourmarou y vivent et/ ou s'en nourrissent. Les rapides représentent donc avec les salades koumarou un lieu essentiel à la base de toute une chaîne alimentaire.
Sur les voies navigables, plus de 150 sauts ont été répertoriés et reçus une dénomination. Le Saut Gran Canori sur l'Approuague forme un dénivelé de 19 m. Le Saut Man Bali (tout le monde crie) et le saut Man Caba (tout le monde finit) annonce par leurs noms comment les sauts peuvent rendre le transport fluvial périlleux. Seul l’œil expert des meilleurs piroguiers sait repérer les signes infimes qui permettent d’éviter les pièges qui peuvent se cacher sous l’eau en période de hautes eaux. Mais, il en existe de multiples autres puisque le fleuve Sinnamary, à lui seul, en compte déjà 300 et la Mana, 99.
- Les zones de bief ou vasque
Ce sont les zones d'entre - saut, l'eau s'y écoule calmement. Les biefs abritent une faune diversifiée colonisant les fonds, les berges ou les herbiers. La faune est notamment constituée de grands poissons prédateurs.
Six bassins versants
Le bassin versant est une unité géographique dont un cours d'eau et ses affluents, des grosses rivières aux plus petits ruisseaux, forment une seule unité : toute l'eau de ces cours d'eau aboutit au même estuaire. En principe, une goutte d'eau qui tombe en dehors de ce bassin aboutit dans un autre fleuve ! Les différents bassins versants sont séparés, les uns des autres, par des reliefs qui tracent une ligne d'altitude plus élevée, que l'on nomme, la ligne de partage des eaux.
En Guyane, il existe 6 bassins versants, d'ouest en est, et correspondant aux principaux fleuves : Maroni, Mana, Sinnamary, Comté, Approuague et Oyapock. Le bassin versant de la Mana s’étend sur 10 300 km².
Les zones amont de ces bassins sont de petites criques à courant sur éboulis rocheux avec des passages sur fond sableux. Plus en aval, les rivières et criques importantes serpentent et forment des méandres.
Photos
Ressource
Menons l'enquête autour de nous !
Comment expliquez-vous, le nom du cours d'eau qui se tr...
1.b - Des échanges entre forêt et cours d'eau
Les rivières et fleuves de Guyane charrient une eau acide, peu minéralisée et donc peu productive. Les peuplements piscicoles et le réseau alimentaire aquatique est donc dépendant de la matière organique produite par le couvert forestier qui borde rivières et fleuves sur presque la totalité de leur cours. Cette matière organique est constituée des insectes terrestres, fruits et graines tombées à l'eau ou bien des feuillages atteints par l'eau au moment des crues.
De ce fait, c'est en saison des pluies que les ressources alimentaires en provenance de la forêt sont les plus les plus abondantes. Pendant cette période, les poissons végétariens ou insectivores sont favorisés et connaissent une période de croissance. Les pacous et les karps ont des mâchoires munies de fortes dents ressemblant à des molaires qui leur permettent de briser les graines les plus dures, et de longs intestins nécessaires à la digestion des végétaux. La sardine d’eau douce et de nombreux yayas possèdent des bouches supères (orientées vers le haut) qui leur permettent de capturer les proies tombées à la surface. Des ralentissements de croissance, voire des arrêts, ont lieu à la saison sèche.
Au contraire, les poissons piscivores (mangeurs de poissons) grandissent en période sèche puisque la concentration en proies (autres poissons et notamment poissons végétariens), est la plus grande. En effet, les proies sont concentrées dans de petits bassins d’eau. L'aïmara chasse à l'affût et se jette sur tout ce qui bouge. Le dent -chien consomme aussi des proies entières qu'il agrippe de sa mâchoire pourvue de dents accérées. Le piraï, quant à lui, découpe des morceaux de ces victimes à l'aide de ses dents tranchantes comme des rasoirs.
Les poissons végétariens en se nourrissant de graines issu de la fructification des arbres, participent à la dissémination des graines et la régénération forestière. Comme un coup de main, en retour, de la rivière à la forêt !
1.c - Deux cours d'eau parmi tant d'autres.
Le Maroni et le Sinnamary pour des raisons diverses : économiques, culturelles, ces deux fleuves jouent un rôle important dans l'organisation et le fonctionnement de la vie des guyanais.