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L'eau, entre habitat et spiritualité
Encore beaucoup d'amérindiens de Guyane vivent en contact permanent avec l'eau dans leurs villages au bord des fleuves, des rivières, et même de l'océan. Ces espaces de vie originaux ont conduit à des habitudes et des coutumes particulières, dites traditionnelles. L'eau a joué un rôle majeur dans la construction de leur identité. Les Palikur, par exemple, se nomment eux-mêmes Aukwayene, traduit littéralement par "les gens de la rivière du milieu". Les Kali'na quand à eux, se disent les descendants d'un homme et de son chien (transformé en femme) ayant survécu à un déluge appelé Umuti'po.
1 - La vie au quotidien
L'hygiène
Pour les communautés vivants près des cours d'eau, les gestes de l'hygiène se font dans les eaux naturelles. Les amérindiens prennent des bains trois fois par jour minimum. Ils se lavent une fois à l'aube, une fois pendant la journée et une fois avant le coucher. Des bains en forêt sont même réalisés après une activité salissante comme la chasse, l'entretien de l'abattis... Les bébés sont lavés à la maison ou à la rivière à l'aide d'un seau ou d'une calebasse. Pour les jeunes nourrissons, il est fréquent que la mère remplisse sa bouche d'eau, pour la réchauffer puis la faire couler sur son enfant. Le savon, apporté par les Noirs-Marrons lors d'échanges commerciaux, est utilisé de plus en plus chez les communautés reculées et il en est de même avec le dentifrice et la brosse à dent qui obtiennent un grand succès chez les enfants scolarisés.
Le nettoyage du linge et de la vaisselle se font aussi dans les cours d'eau. L'usage de la lessive en poudre est très récent. En ce qui concerne la vaisselle, elle se réalise avant le repas. Il est fréquent de voir les plats sales se décrasser dans la rivière.
Chez les Palikur et les Kali'na, qui se sont acclimatés au mode de vie occidentale, l'usage des douches et des appareils électro-ménagers sont bien appréciés.
En ce qui concerne la défécation, bien que les Palikur et les Kali'na ont bien intégrés l'usage des WC, elle se réalise toujours dans le fleuve en aval des zones de baignade. En quelques minutes les déjections sont consommés par les poissons. Les Wayana, Téko et Wayampi sont totalement dégoûtés par les excréments posés au sol, dégageant de mauvaises odeurs et accompagnés souvent par du papier rose. Ils déplorent complètement ces mauvaises habitudes des étrangers. Les crottes des jeunes enfants et des chiens sont toujours soigneusement ramassés par la mère.
L'alimentation
Chez les amérindiens le poisson est la plus grande part des protéines consommées. Il peut être boucané, grillé ou bouilli avec de l'eau salée (ou du jus de manioc). La technique du salage, venant des Aluku, est souvent utilisée pour conserver les pièces de poissons. Les poissons de choix sont les aïmaras, les poissons-roches et les coumarous pour les poissons d'eau douces. Pour les poissons côtiers, principalement pêchés par les Kali'na, ce sont les acoupas et les vivaneaux qui font des repas de choix. De nombreux crustacés (crabes et écrevisses) sont récoltés dans les criques ou sur la plage pour être consommés.
L'eau rentre dans les processus de fabrication des diverses denrées alimentaires, notamment pour les aliments à base de manioc comme le couac (semoule), la cassave (galette), le caichiri (boisson alcoolisée) ainsi que de nombreuses soupes et sauces. Le manioc est une plante toxique, mais les savoir-faire permettent d'enlever le poison de l'aliment. Pour cela les tubercules sont réduites en bouillie, puis pressées dans une couleuvre (longue vannerie suspendue) pour faire sortir le jus toxique.
Les eaux des fleuves et des cours d'eau plus petits servent de boisson pour tous les amérindiens de l'intérieur. L'accès à l'eau potable est encore très difficile pour ces communautés à cause du manque d'installations. Malgré cela les amérindiens préfèrent boire l'eau du fleuve car elle est jugée plus douce que l'eau qui sort des robinets.
Les loisirs
Les enfants vivants aux bords des cours d'eau apprennent à nager très vite, dès l'âge de trois ans ils sont capables de nager seuls. Ils peuvent passer des heures à jouer dans l'eau. L'utilisation des canots et des instruments de pêche se font progressivement avec l'âge. A douze ans, les garçons partent à la chasse et à la pêche avec leur père pour apprendre les différentes techniques qu'ils apprendront à leur tour à leurs enfants.
Un moyen de transport : la pirogue
Les canots sont le moyen de locomotion le plus employé sur les rivières. Ils permettent de se déplacer pour aller à l'abattis, à la chasse, à la pêche et dans les autres villages. Ces pirogues sont soit construites dans un seul morceau d'arbre (coque monoxyle) ou soit elles sont construites à partir de planches. Selon l'utilisation, les canots présentent des formes et des hauteurs différentes. Les pirogues des Kali'na sont larges, et terminées à la poupe par une haute étrave qui fend les vagues, pour faciliter la navigation dans les estuaires et l'océan. Aujour'hui le moteur hors-bord remplace de plus en plus la pagaie (scupltée dans un morceau de bois) ou le takari (perche en bois).
Les métiers liés à l'eau
Certains amérindiens exercent le métier de piroguier pour les transports de personnes et de marchandises sur les fleuves Maroni, Mana, Approuague et Oyapock. De plus quelques individus travaillent pour les administrations en tant qu'agents de l'environnement (police de l'eau), agents météorologues (récolte des données météorologiques) et agents de la santé (surveillance de la qualité des eaux).
2 - La vision du monde
L'eau : un univers parallèle
L'environnement, où évoluent les Wayana, Wayampi et Téko est composé de divers mondes parallèles où les animaux vivent à la manière des hommes. Les fleuves, les rivières et les criques sont le domaine de l'Anaconda. Ce monde aquatique est l'univers où les anacondas vivent, chassent, cultivent, festoient à la manière des hommes de la terre ferme. Ils ont soit disant des formes humaines sous l'eau. Les tas de feuilles mortes sur un cours d'eau représentent les cases des anacondas. Les poissons et autres faunes aquatiques sont pour les anacondas des fruits, des objets, et des animaux pouvant être chassés. L'anaconda est supérieur à l'homme, et l'homme est supérieur à d'autre animaux. Par exemple, les amérindiens disent que les anacondas sont les anacondas des hommes et que les hommes sont les anacondas des perroquets. Chez les Palikur, l'eau est le monde parallèle des esprits.
L'eau : la fécondité masculine
La société occidentale compare l'eau à la fécondité féminine mais chez les amérindiens l'eau est du côté de la masculinité. Les fleuves sont comparés à des éjaculations infinies. L'anaconda, maître de l'eau commande la pluie pour féconder les semences cultivées et faire pousser les récoltes.
Les interdits
Avec leur vision du monde, les coutumes des différentes sociétés amérindiennes mettent en avant un certain nombre d'interdits. En voici quelques exemples ayant un lien avec l'eau :
- Chez les Palikur, il est interdit de jeter du piment dans l'eau, afin d'éviter de perturber les esprits.
- Chez toutes les ethnies, une femme indisposée n'a pas le droit de se baigner dans les rivières car elle est périodiquement non fécondable (l'eau représente la fécondité masculine). Durant cette période les femmes ne peuvent pas utiliser les objets de pêche de leur mari, ce qui pourrait provoquer de mauvais rendements de capture.
- Chez les Wayana, Wayampi et Téko, l'anaconda est une divinité qu'il est interdit de toucher et de consommer.
- Chez les Kali'na, traditionnellement, une femme venant d'accoucher n'a pas le droit de boire de l'eau vive (criques, fleuves, sources) et de consommer un certain nombre d'animaux (tortues marines, poissons de grandes tailles, crabes mâles...) cela pendant trois mois, qui sont suivis de quelques rîtes de purifications. Aprés cette période, le père, quand à lui, ne peut pas approcher pendant quelques jours les marécages, les criques, les rivières et la mer, où il chasse, pêche et travaille. Ceci permet de protéger l'enfant contre de mauvais esprits apportant des maladies.