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Mode de vie des Noirs-Marrons
Cela fait plusieurs siècles que les descendants des réfugiés esclaves vivent sur les rives du fleuve. Ils ont su apprivoiser cet environnement gorgé d'eau et apporter une culture qui est aujourd'hui propre au Maroni et unique en Guyane. Malgré un développement constant des villages, les habitants ont gardé certaines de leur pratiques traditionnelles.
1 - La vie au quotidien
L'hygiène
Sur le Maroni, seulement quelques maisons sont équipées de douches et de WC, qui sont pourtant bien appréciées par les communautés Noirs-Marrons. Dans ce cas hommes, femmes et enfants se lavent directement dans le fleuve. L'usage de savon, importé des villes, est majoritairement utilisé pour se débarrasser de la crasse et des odeurs de sueurs. Les bains sont pluri-journaliers, c'est à dire au moins une fois le matin au réveil et une fois le soir après les activités de la journée. Comme chez les amérindiens la défécation se fait dans le fleuve en aval des zones de baignade. En quelques minutes les déjections sont consommés par les poissons.
La lessive et la vaisselle se réalisent aussi dans le cours d'eau. L'usage de produits ménagers est très récent.
L'alimentation
Le poisson constitue l'un des principaux aliments consommées par les Noirs-Marrons. L'aïmara, les poissons-roches et les coumarous sont des mets de choix permettant de nourrir la famille entière. Le poisson est préparé par boucannage, en friture ou simplement salé et citronné (poissons séchés). Cette technique du salage permet aussi de conserver les pièces à cause de l'absence de réfrigérateur dans les cases. Le poisson est préalablement bouilli pour retirer facilement la peau et il est nettoyé avec de l'eau et du citron.
La seconde part des protéines consommés par les Bushinengue provient du gibier. Ces animaux sont principalement chassés sur le bord des cours d'eau qui permet au chasseur une meilleur visibilité de sa proie. Les espèces chassées sont le maïpouri (tapir), le cabiaï, cochon-bois (pécari à lèvres blanches), iguane et le cariacou (daguet). Sur les bords des cours d'eau dans les bancs de sables sont récoltés les oeufs des iguanes.
Le manioc, cultivé à l'abattis, permet de réaliser du couac (semoule), de la cassave (galette), du tapioca (crème au lait) et des sauces pour assaisonner les plats. L'eau rentre dans les processus de fabrication de ces différents aliments notamment pour le nettoyage et la désintoxication des tubercules.
Sur l'abattis, de nombreuses familles noirs-marrons cultivent fruits et légumes pour leur consommation personnelle. La cultures des patates douces, ignames, maniocs et pastèques qui demandent beaucoup d'eau pour leur croissance est installée près du cours d'eau (en aval de l'abattis généralement).Sur le reste de la surface sont cultivés le riz, la canne à sucre, oranges, mandarines et citrons...
La pêche
Les noirs-marrons utilisent différentes techniques de pêche pour attraper le poissons.
La pêche à la nivrée est pratiquée en saison sèche quand le poisson se fait rare. La technique consiste à jeter dans l'eau le broyat d'une plante qui empoisonne les poissons. Généralement la plante utilisée est une liane qui est réduite en pulpe. Les gros poissons sont intoxiqués et perdent leur réflexe de défense. Les plus petits poissons meurent sur de longues distances. L'intérêt de cette pêche est la facilité à récolter le poisson à la surface de l'eau. Par contre il faut bien évaluer la zone de pêche au préalable, pour ne pas détruire l'ensemble de la population de poisson sur le cours d'eau.
Pour la pêche à l'aïmara, les Aluku utilisent le piège à poisson (voir photo ci-contre). Ce dispositif comporte un cône construit en lattes de palmier Awara monpère (Socratea exorrhiza), reliées par des tresses de liane franche fendue, et un système de fermeture du couvercle par l'intermédiaire d'une tige flexible. Quand le poisson mange l'appât, le couvercle se referme et pousse la proie au fond du piège. Ce système de pêche est aussi connu des amérindiens Kali'na et Arawak vivant sur la côte.
L'aïmara est aussi pêché à l'hameçon auquel on ajoute des morceaux de viande. Le pêcheur frappe l'eau à l'aide d'un bâton pour attirer les poissons carnassiers qui consomment les animaux qui tombent des arbres. Il est parfois nécessaire que deux hommes s'entraident pour remonter le poisson sur la berge.
La pêche à l'arc et au harpon sont les techniques encore majoritairement pratiquées par les Noirs-Marrons du fleuve, bien que de plus en plus la dynamite est employée.
Les loisirs
Au bord du fleuve les enfants peuvent passer des heures à jouer dans l'eau. Dès l'âge de trois ans ils sont capables de nager seuls. Ils apprennent aussi très tôt à utiliser la canne à pêche et ils ramènent des prises pour le repas du soir.
Le Koti fisi est une pêche considérée comme un loisir du fait de sa facilité. La nuit les pêcheurs munis d'une lampe éclairent les rochers ce qui attire les poissons fascinés par la lumière. Il suffit alors de sabrer les poissons et de les attraper. Cette technique est appélé le "coupé poisson" (Koti fisi en Aluku).
Les métiers liés à l'eau
La vie économique sur le fleuve Maroni ne pourrait se faire sans les Noirs-Marrons. Ces hommes, piroguiers hors-pair, permettent le transport des personnes et des marchandises de village en village. On distingue les pirogues fileuses qui transportent les villageois, chercheurs, gendarmes, touristes et orpailleurs, et les pirogues de frets qui acheminent le transport des marchandises. Il est fréquent de voir sur le fleuve, des convois de plusieurs pirogues portés au dessus de l'eau des engins mécaniques. En Guyane, le Maroni est surnommé l'autoroute de l'ouest.
Certains Noirs-Marrons se sont spécialisés dans la construction des pirogues, on les appelle les sculpteurs. Traditionnellement fabriquer sa propre pirogue est un passage obligatoire pour les jeunes garçons qui doivent prouver leur statut d'homme. Mais la tradition se perd et acheter une pirogue faite par un sculpteur est plus facile.
L'orpaillage est aussi un domaine exercé par quelques Bushinengue opérant pour leur propre compte ou pour des exploitants légaux.
Enfin, certaines personnes travaillent pour les administrations de la santé et de l'environnement en tant qu'agents techniques. Leur principale missions est de surveiller la qualité des eaux.
2 - Rîtes et spiritualité
Chez les Noirs-Marrons, chaque cours d'eau abrite son esprit qui veille sur les poissons, les pêcheurs et les visiteurs. Pour ne pas incommoder ces esprits, les hommes doivent se plier à de nombreux interdits et des actes de bienséance.
Rivières, esprits et interdits
Dans la crique Maouina, par exemple, il est interdit de tuer des raies ou de jeter du citron car dans ce cours d'eau vit le Maître des raies. Ainsi chaque esprit apporte ses propres interdits. Si l'une des règles est enfreinte, alors l'esprit peut se venger sur la personne en question ou sur sa famille. Dans une rivière, l'esprit Bousouki punit les personnes qui pêchent trop, en les empêchant de traverser son cours d'eau. La malédiction oblige ainsi les gens à sauter de leur pirogue en plein milieu de la rivière.
A la veille de la nivrée, de longs chants et des danses sont pratiqués pour demander à l'esprit habitant la crique de sortir de chez lui durant la partie de pêche. Ceci permet ainsi d'éviter d'empoisonner l'esprit pouvant se venger sur les pêcheurs et leur famille.
Rîtes funéraires
L'enterrement d'un mort peut durer plusieurs mois chez les Noirs-Marrons, selon l'importance de la personne décédée. Tout d'abord, l'esprit ou l'âme du défunt est testé pour voir son coté bon ou mauvais. Deux personnes portent à bout de bras le mort qui les guide dans tout le village. Ce trajet permet ainsi de voir le caractère de l'âme prête à rejoindre les ancêtres. Après cela, le corps du défunt est nettoyé dans un bain pendant plus de quatre heures, pour laver ses péchés. L'eau joue le rôle de fluide purificateur. Jusqu'à l'aube tout les villageois dansent et chantent autour du cercueil pour célébrer le départ vers le monde des esprits. Dans le même temps des animaux sont sacrifiés, qui sont en général des poules et des tortues. Le cadavre reste selon son importance pendant une semaine à trois mois au centre du village pour rester quelques temps avec les vivants. Enfin le cercueil est emmené en pirogue à quelques kilomètres du village pour enterrer le mort et lui permettre de rejoindre les esprits des anciens.