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Quelques contes sur l'eau

Ananchi et la mère des poissons (conte Aluku)

Il était une fois Ananchi, qui alla au pays des poissons. La mère des poissons était très malade, or tout le monde savait qu'Ananchi avait soigné le roi. L'esprit Obia qui était en Ananchi cria :

-"Je vais la soigner mais à une condition : je dois l'enfermer dans une maison. En plus il me faut un baril de riz, un baril de sel, un baril d'arachide, un baril de couac, un baril de cassave, dix barils d'eau, trois rangées de bois et cinq bâtons à nivrée quand je sortirai".

En peu de temps, les poissons réunirent tout cela pour Ananchi. Ils enfermèrent Ananchi avec la mère des poissons dans une maison et ils lui fabriquèrent les cinq bâtons à nivrée. Ananchi dit :

- "Si vous entendez du bruit, ne venez pas, je serai en train de chasser le mal entrer en elle. Si vous essayez d'entrer vous en mourrez".

-"D'accord !" Répondirent les poissons.

Ananchi resta enfermé avec la mère des poissons pendant trois mois. Quand il sortit enfin , il était bien gras et il dit : - "Ramenez-moi chez moi maintenant. La Dame est guérie, mais tant que je ne suis pas dans mon village, n'ouvrez pas la porte". Alampia et Moloko, les deux poissons plus rapides accompagnèrent Ananchi dans sont canot. Mais les enfants poissons interpellèrent Ananchi : -"Il ne faut pas que tu partes, nous voulons voir notre grand-mère avant ton départ". Mais Ananchi était déjà parti. Alors un des enfants poisson poussa la porte de la maison de toutes ses forces. Il découvrit un gros tas d'arêtes et tous les barils de nourriture vides. Ananchi avait complètement dévoré la mère des poissons et les autres aliments. L'enfant cria :

-"Venez voir ! Ananchi à tué notre grand-mère !" Tout le monde vint voir et on mit des canots à l'eau. Piraï le carnivore et Moloko le rapide prirent une pirogue pour ramener Ananchi. Ananchi dit à ses piroguiers :

-"Ecoutez ! Ils vous disent d'aller plus vite car il risque de pleuvoir". Alampia et Moloko ramèrent de plus en plus vite. Lorsque Ananchi se rendit compte que ses poursuivants étaient prêts à le rattraper, il aperçut son village. Il sauta du canot sur la berge, mais Piraï lui coupa le talon. Ananchi courut chez lui et dit à ses enfants :

-"Allez vite à l'abattis me chercher du boungui pour engourdir les poissons. Une fois revenus, les enfants et Ananchi se mirent à battre le boungui et le jetèrent dans l'eau. Alors le fleuve devint tout blanc et les poissons furent engourdis par le poison. Ananchi répliqua :

-"Bande d'imbéciles ! Vous voyez maintenant ce qu'est le malheur ! Et ce n'est pas encore fini !" Ananchi et ses enfants tuèrent beaucoup de poissons qu'ils boucanèrent et mangèrent.

C'est depuis ce temps-là que nous pêchons à la nivrée à la saison sèche.

"Ananchi et la mère des poissons" est issu du recueil Mato, Contes des Aloukous de Guyane. Collection Fleuve et Flamme. Conseil International de la Langue Française.

Comment les Emérillon découvrirent la liane à nivrée (conte Téko)

Un homme était parti chasser et s'était perdu dans la forêt. Le soir, il fit un abri au bord d'une crique et s'endormit. Avant le lever du jour, il fut reveillé par un bébé colibri qui s'était posé sur sa tête et lui piquait le crâne. De mauvaise humeur, il attrapa l'oisillon et le jeta dans le cours d'eau. Immédiatement un aïmara surgit et l'avala. Le père colobri avait assisté à la scène sans avoir eu le temps d'intervenir pour sauver son enfant. Il chercha un moyen de tuer l'aïmara. Il se dirigea d'abord vers un abattis et goûta des fleurs de Kunami. Il fut un peu étourdi, mais trouva que cette plante n'était pas assez forte. Il partit chercher en forêt et trouva une liane kutupu qu'il goûta. Il fut un peu saoûl, mais ne fut pas encore satisfait. Il continua ses recherches et trouva la liane mbeku qui l'enivra. Satisfait cette fois, il l'emporta cette liane et la jeta dans la crique. Tous les poissons montèrent à la surface et le père colibri leur ouvrit le ventre, jusqu'à ce qu'il eût trouvé son bébé dans le ventre de l'aïmara. Il s'en alla alors avec son enfant. Le chasseur avait tout vu et c'est pourquoi aujourd'hui les Téko utilisent la liane mbeku pour nivrer.

"Comment les Emérillon découvrirent la liane à nivrée" issu du recueil Contes amérindiens de Guyane. Collection Fleuve et Flamme. Conseil International de la Langue Française.

La rupture des hommes et des anacondas (conte Wayampi)

Une femme ne voulait pas de son futur mari, car cet homme était laid, couvert de furoncles de la tête aux pieds. Le village l'abandonna pour partir en forêt loin de lui. Les villageois lui dirent : -"Nous partons loin de toi et tu te languiras de nous". Et l'homme resta dans le village déserté, tout seul. La nuit tomba, et c'est alors qu'ils arrivèrent. -"Que fais-tu là ?" lui dirent-ils. L'homme répondit : -"Ils se sont fachés et m'ont abandonné. Mais qui êtes-vous ?". On lui répondit : -"C'est nous, les anacondas". Et ils emmenèrent l'homme chez leur père pour le rendre beau. Le papa anaconda passa son souffle sur l'homme et il devint beau mais dû rester pour l'éternité parmi ses nouveaux congénères.

Bien longtemps après qu'il eut été emmené, sa famille revint dans le village déserté. Il n'y était plus.

Pas tout de suite, mais longtemps, très longtemps après le retour de sa famille, l'homme, un jour, arriva. -Où étais-tu ? lui demanda-t-on. -"Les anacondas m'avaient emmené", répondit l'homme,"en m'assurant que vous m'aviez abandonné. Je suis venu très peu de temps pour vous voir." Ils n'eurent pas le temps de lui offrir à manger avant qu'il reparte. C'était un bel homme qui était arrivé, Il n'avait plus de furoncles. Il avait même mis une femelle anaconda enceinte. On raconte qu'elle était enceinte de lui. Désormais il revint de temps en temps.

Un jour la femelle anaconda accoucha. L'homme revient voir les siens : -"Je ne resterai pas longtemps", dit-il. -"Bien" lui dit sa mère, "mais il faudra m'amener l'enfant, que je le voie". Peu après il apporta le petit. La grand-mère prit l'enfant dans ses bras. La jeune mère anaconda avait recommandé de faire vite. -"Quand mes seins pleins de lait deviendront douloureux, alors je t'appellerai", avait-elle dit à son mari. -"Oui, je le caline seulement un petit peu", répondit la grand-mère. -"Mais elle a dit de faire vite. Elle veut le ramener. -"Laisse-moi le porter encore et bien le bercer !" La mère allait appeler. -"Voilà, ça y est, sa mère l'appelle !", dit l'homme. Ils s'approcha de la grand-mère et ils se tiraillèrent l'enfant, mais elle le gardait toujours. Hop ! L'homme enfin prit l'enfant et l'emporta.

Sur la berge ! La mère s'était pourtant bien tenue au bord de l'eau ! Mais il arrivait trop tard, elle était déjà partie. Il amenait son enfant trop tard. Il ne put rejoindre sa femme. Les anacondas avaient transformé ses yeux qui lui permettaient avant de voir sous l'eau. L'homme avait utilisé un chemin normal pour montrer l'enfant à sa grand-mère, et là, il ne pouvait plus sauter dans le fleuve. Il sauta dans l'eau en aval du bassin, mais les anacondas n'étaient plus là. Alors l'homme ramena l'enfant à sa grand-mère. Pris de colère, il partit seul.

On prit l'enfant aux anacondas. C'est depuis ce jour-là qu'ils sont hostiles, disaient les ancêtres. Sinon les hommes et les anacondas auraient pu continuer à s'entendre. Plus tard le petit de la femelle anaconda mourut, voilà ce que l'on dit de la rupture des hommes et des anacondas.

"La rupture des homme et des anacondas" issu et adapté du recueil Contes amérindiens de Guyane. Collection Fleuve et Flamme. Conseil International de la Langue Française.

L'origine des hommes (conte Hmong)

Il y a bien longtemps, en des temps immémoriaux, des hommes vivaient sur la Terre. Les années s'écoulèrent et avec les années le climat se réchauffa. La température se mit à augmenter peu à peu. La terre, si fertile alors, ne donna plus assez pour nourrir les hommes. Une chaleur torride brûlait tout. Les récoltes étaient calcinées. La sécheresse s'installa. Bientôt une terrible famine s'abattit. Tour à tour, les hommes succombèrent à cette disette. Seuls, un homme et une femme survécurent.

Puis un jour, le Créateur fit tomber la pluie, une pluie sans fin sur la Terre pour balayer toute cette sécheresse. Bientôt, les terres furent complètement inondées. Pour s'abriter du déluge, l'homme et la femme se cachèrent dans un tonneau. C'est ainsi qu'ils voguèrent nuit et jour sur une mer infinie sans jamais apercevoir un bout de terre.

Cependant, il arriva qu'un jour la pluie s'arrêta. Le niveau des eaux baissa et les continents firent leur apparition. L'homme et la femme dans leur tonneau arrivèrent sur les terres de la Chine. Il renoncèrent à leur modeste embarcation pour débuter une nouvelle vie. Ils se marièrent et de leur union naquit un enfant. C'était un fils auquel il manquait les bras et les jambes. Le pauvre homme, désemparé, pris l'enfant et l'amena devant le Créateur. Il lui dit : -"ma femme a donné naissance à un enfant infirme. Dis-moi ce que je dois faire de lui ?". Le Créateur lui tint ces paroles : -"Découpe ce fils imparfait et plante chaque morceau de celui-ci au pied de l'arbre toho". L'homme repartit, et le soir même fit ce que le Créateur lui avait dit. Quelle ne fut leur surprise à l'aube de voir des volutes de fumées monter jusqu'au ciel. Plus encore, aux endroits où l'homme avait planté des morceaux de fils, il y avait des maisons. A l'intérieur de chacune d'elles, l'homme et la femme pouvaient entendre des voix et des rires. Chaque maison était habitée par une famille.

C'est ainsi que l'humanité serait apparue sur la Terre.

Selon un conte Hmong, transmis par Chloé Lybouafu en 2004.

Zoukouyanyan et Tortue (conte Créole)

Zoukouyanyan, la luciole s'arrangea avec Tortue pour aller pêcher. Elles convinrent que chacune prendrait les poissons d'un jour de pêche. Le premier jour, elles allèrent à la crique, elles pêchèrent, elles prirent une quantité de poissons. Tortue dit : "Luciole, je garde cette pêche-là, elle n'est pas riche, et puis ces poissons-là sont maigres. Demain, tu prendras la deuxième pêche, veux-tu ?". Zoukouyanyan répliqua : "Heu !..ma soeur, comme tu veux".

Le lendemain, Tortue dit la même chose à la mouche, et puis elle garda tous les poissons pour elle seule.

Le troisième jour, Tortue recommença de plus belle. Zoukouyanyan se fâcha, et elle étaignit sa lumière. Tortue resta dans l'obscurité avec son panier de poissons sur la tête. Elle erra, erra, erra, jusqu'à ce qu'elle entra dans une case. Aïe malheur ! C'est la case de compère Tigre ! Tortue fut saisie mais elle garda son contrôle, et dit : -"Bonsoir mon oncle, comment vous portez-vous ?". Tigre répondit : -"je vais bien, mais, que me veux-tu ?". -"Mon oncle, voici un panier de poissons que j'ai apporté pour vous. J'ai choisi les plus beaux et les plus gras". Zoukouyanyan qui avait suivi Tortue cria : "Ce n'est pas vrai, oncle Tigre. C'est du rebut qu'elle a porté pour vous donner. Cassez son cou ". Compère Tigre se mit en colère, il sauta sur Tortue et lui déchira le ventre. En quelques minutes Tortue était totalement dévorée. La luciole prit la carapace de Tortue, elle en fit un canot. Depuis ce jour là elle pêche toute seule.

Quand deux personnes sont associées, il y a toujours une qui se moque de l'autre !

Selon un conte créole, transmis par Georges Haurigot.