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Le Peuple fantastique de l'eau

Maman Dilo

La Maman de l'eau, ou Wata Mama chez les noirs-marrons est la sirène des tropiques. Issue des mythes africains, la légende a été adaptée par les créoles et les noirs-marrons à l'environnement guyanais. La légende raconte que la Maman Dilo a laissé son peigne sur un rocher au bord de l'eau ou d'une chute d'eau. Seule la personne qui trouve le peigne peut voir la sirène et tombe follement amoureux d'elle. Il est même dit que l'on peut la voir dans nos rêves et qu'elle promet réussite, chance et fortune. Maman Dilo est la seule à choisir à qui le peigne est destiné, en échange, bien sûr, elle exige des rendez-vous amoureux à la lueur de certaines lunes. Selon les récits, Maman Dilo habiterait sur la rivière Iracoubo, où elle aurait été aperçue en train de se coiffer sur le rocher Arrouague. Cependant, il existerait une autre sirène, vivant dans la cascade Parier à Tonnégrande, beaucoup plus méchante que sa soeur, car il est dit qu'elle enlève les enfants.

L'Anaconda

Pour les amérindiens Wayana, Wayampi et Téko, l'Anaconda est le dieu et le maître des eaux. Les récits anciens racontent comment les hommes sont nés à partir de la décomposition d'un anaconda géant. Les fleuves sont eux-mêmes des anacondas, dont les tracés ont été définis par le vol du Martin-pêcheur et les fondations creusées par le serpent sacré. L'Anaconda vit à la manière des hommes, dans son univers aquatique. Si le désir lui vient, il peut rentrer en contact ou se marier avec les humains, car il a la faculté de se transformer à volonté en homme ou en femme. Quand il pleut, les amérindiens disent que c'est l'Anaconda qui se soulage sur la terre, on peut l'apercevoir dans le ciel sous forme d'un arc-en-ciel. Un récit Téko raconte que les couleurs des oiseaux proviennent des fientes d'un anaconda. Dans la vie de tous les jours, il est interdit de toucher et de manger ce serpent. Il y a bien longtemps les anacondas ont décidé de se séparer des humains à cause de leur cupidité (voir le conte Wayampi :"la rupture des hommes et des anacondas"). Les Wayana pensent qu'à chaque méandre d'un cours d'eau où s'entassent des feuilles mortes, se trouve le gîte d'un anaconda.

Wata Bubu ou Popoké

Wata bubu dans la langue des Aluku désigne le lamantin, mais dans la légende populaire ce nom évoque une créature aquatique qui attaque les pêcheurs et les enfants. Il est dit que cet animal entraîne les gens au fond de l'eau pour les dévorer, après les avoir fait chavirer de leur pirogue. Certaines personnes pensent qu'il s'agit d'un tigre d'eau (jaguar, puma) ou d'une loutre géante. En 1962, cette créature serait la responsable de la mort d'un garçon de 7 ans se baignant au débarcadère de Maripasoula. Après plusieurs heures de recherches, le corps du garçon fut retrouvé laissant les traces de morsures inconnues. Cette créature aurait été observée par plusieurs témoins sur le Maroni, l'Approuague, l'Oyapock et le reste du bassin amazonien.

Les Maîtres et Esprits de l'eau

Chez les Palikur, chaque élément ayant une influence sur l'environnement est le travail d'un esprit. Dans le domaine de l'eau, la pluie, les mouvements de marée et les phénomènes de crues sont exercés par un esprit spécifique. Il existe des esprits qui font le bien et les esprits qui provoquent le mal. Seuls les chamanes sont capables de communiquer avec les esprits, et dans les récits ces hommes entre les deux mondes (celui des hommes et celui des esprits) sont accompagnés de leur chien. Les loutres appartiennent aux gentils chamanes, alors que les méchants sont accompagnés par des jaguars et des¨caïmans. Dans le monde des animaux, chaque groupe possède un Maître ou une Mère. Ainsi nous avons Wanessé, la mère des piranhas ou Wahamwi, le maître des anacondas...

Chez les Kali'na, il en est de même que chez les Palikur, ils rendent un culte à la nature symbolisé par un certain nombre d'esprits. Il existe Amana (comme le fleuve) le grand esprit de l'eau, Palanakili l'esprit de l'océan et Tunakili l'esprit des fleuves...

Chez les Wayampi, l'esprit de l'eau qui veille sur les poissons et les pêcheurs, est la mère des poissons, Pilawi. Le pêcheur doit respecter certaines règles pour éviter les représailles des forces naturelles. Notamment il ne doit pas puiser démesurément dans les réserves de poissons, et si sa pêche est trop importante, il devra savoir partager et faire profiter le plus grand nombre. Dans le cas contraire Pilawi peut se venger sur ses enfants et les rendre malades. Pour protéger ses enfants , le père peut utiliser des charmes de pêche. Ainsi les Wayampi utilisent la feuille volé ou pitau (en wayampi) pour protéger l'enfant dont le père a violé un interdit de pêche sur le poisson aïmara.

Chez les Aluku, les esprits liés aux cours d'eau sont les gardiens du milieu aquatique. Chaque cours d'eau possède son esprit qui observe les pêcheurs et autres utilisateurs. Si une personne ne respecte pas son environnement aquatique (surpêche, rejet abusif de déchets...), elle sera victime d'une malédiction invoquée par l'esprit des lieux. Par exemple les victimes de l'esprit Busuki se jettent immédiatement dans l'eau quand elles tentent de traverser en pirogue la rivière mise en menace. De plus, dans la pratique traditionnelle de la pêche à la nivrée, un long rituel est effectué pour faire sortir l'esprit durant le temps de la pêche et éviter de l'empoisonner.

Le monstre Tonakri

D'après les anciens créoles, Tonakri est un monstre marin qui attaque pendant la nuit les pêcheurs imprudents. Il est dit qu'il sort sa tête hors de l'eau et à l'aide de son énorme bras entraîne le pêcheur avec sa pirogue dans le fond de l'océan.

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Maman Dilo