Nou ka alé > Je comprends > L'orpaillage
3 - Comment diminuer les impacts négatifs
Les profits de l'exploitation de l'or sont à mettre dans la balance de ce qu'elle coûte à la société. Les coûts sont élevés, en raison surtout de la part importante de l'activité clandestine, quand sont additionnées les factures écologique, sanitaire et sociale : dégradation des milieux naturels, pillage des ressources vivrières des populations locales, pollution de l'eau, propagation et augmentation des maladies, augmentation de l'insécurité…
Afin que le bien être de tous soit préservé pour aujourd'hui et pour demain, la réduction des impacts négatifs de l'exploitation de l'or est essentielle et peut se faire en partie grâce aux mesures suivantes. Si ces mesures sont pour la plupart du ressort des décideurs et des professionnels de l'activité, c'est aussi à chacun d'entre nous, à notre niveau de commencer à agir là où il le peut.
3.a - Combattre l'orpaillage illégal
Les orpailleurs clandestins, essentiellement en provenance du Brésil, sont estimés entre 6 000 et 20 000 en Guyane, selon les sources. Ils travaillent de façon non contrôlée, généralement avec du mercure, sans souci de leur impact sur l'environnement, dans des conditions de travail, d'hygiène et de sécurité souvent déplorables (campements précaires, règlements de comptes, tortures…) pour des patrons peu scrupuleux qui s'enrichissent à leurs dépends.
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Vue aérienne du village clandestinde Commando III en mars 2004,avant sa destruction par uneopération Anaconda -crédit : Valéry Gond (CIRAD) |
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Chantier et village clandestinsous le couvert forestier -crédit : Gendarmerie de Guyane |
Mais il y a également que des opérateurs miniers légaux qui ont des pratiques illégales ou qui entretiennent des liens étroits avec la filière clandestine.
Dans les deux cas, des efforts doivent être faits pour démanteler les réseaux illégaux en amont.
L'Etat a mis en place les opérations Anaconda, opérations "coup de poing" de la gendarmerie visant à détruire les sites illégaux, à étouffer leur approvisionnement par des barrages sur les voies d'accès (terrestres, fluviales et aériennes) aux sites et à terme, à décourager les opérateurs illégaux de s'installer en Guyane.
Le nombre de ces opérations a augmenté ces derniers mois et la liste du matériel détruit et saisi est impressionnante. La valeur du matériel (alcool, armes, carburant, carbets, nourriture, moyens de transport, matériel d'orpaillage, ...) détruit et saisi sur les sites illégaux lors des opérations Anaconda en 2005, équivaut à 1,3 tonnes d'or.
Ces opérations sont cependant très coûteuses et semblent insuffisantes face à l'ampleur de la situation. Par ailleurs, les clandestins s'adaptent en faisant des campements plus petits, sous le couvert forestier, moins facilement repérables et plus difficilement accessibles par les gendarmes.
Pour éliminer l'orpaillage illégal, il est crucial de développer une coopération forte entre la Guyane, le Brésil et le Suriname pour dégager des solutions communes.
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Comment verriez -vous concrètement cette coopération ?
Les orpailleurs clandestins sont estimés entre 6 000 et 20 000 en Guyane. Ils sont la cause principale des impacts négatifs de l'activité aurifèr...
Pensez-vous qu'il y aurait d'autres moyens de résoudre le problème ?
3.b - Développer la prévention sanitaire
Si les communautés sont conscientes que l'orpaillage a des effets négatifs sur leur santé, elles sont cependant peu informées des causes, des symptômes et des remèdes possibles, comme le montre l'étude du WWF auprès des communautés Bushinengué.
La Direction de la Santéet du développement Social (DSDS) a organisé en juin 2005, à Cayenne, des journées Mercure et Santé en Guyane afin de rappeler les dangers du mercure pour la santé, de présenter les résultats des études épidémiologiques réalisées et de faire des recommandations pour prévenir les risques liés au mercure. Deux journées de discussions ont eu lieu spécifiquement avec les représentants des communautés des fleuves (Oyapock et Maroni) de Guyane.
Vu les taux élevés d'imprégnation au mercure mesurés chez les populations Amérindiennes et les risques sanitaires qui s'ensuivent, les institutions et les associations doivent continuer à développer des campagnes d'information et de prévention qui prendront en compte les habitudes de vie familiale. Des gestes de prévention contre les dangers du mercure et le paludisme doivent être proposés aux populations du Haut-Maroni et du Haut-Oyapock.
Si les professionnels doivent s'impliquer, chacun d'entre nous peut aussi transmettre ces informations, quelque soit le lieu où l'on habite.
Une des préconisations d'urgence devra être, au moins pour les personnes les plus vulnérables (femmes enceintes et jeunes enfants), de privilégier la consommation de poissons herbivores et de diminuer autant que possible la consommation de poissons piscivores qui concentrent le plus de mercure.
Au Brésil, un projet pilote de ce type a été mené dans la région de Santarem. Des réunions ont été organisées avec les villageois et des posters ont été distribués, afin d'inciter la population à "manger plus de poissons qui ne mangent pas d'autres poissons", les poissons herbivores étant bien moins contaminés que les piscivores. Cinq ans après cette campagne d'information, le taux de mercure mesuré dans les cheveux de cette population avait diminué d'un tiers.
Ces préconisations alimentaires sont perçues par certains comme une atteinte à la culture. Il est sûr qu'elles sont loin d'être suffisantes, et devront être accompagnées de solutions pour régler le problème du mercure à la source.
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Quand il demeure un risque...
Il est souvent plus sage de faire attention et de le prévenir. C'est ce qu'on appelle le principe de précaution. Qu'en pensez-vous ?
3.c - Définir une politique minière cohérente
Les autorités compétentes doivent définir le rôle et la place de l'exploitation de l'or dans la politique de développement local, tout en prenant en compte les coûts environnementaux, sanitaires et sociaux de l'activité.
Il conviendra de planifier dans l'espace et dans le temps, les exploitations en fonction du potentiel aurifère estimé, des types de gisements exploités, et de réaliser un zonage de l'activité minière de manière à ce que celle-ci ne nuise pas aux populations situées à proximité et en aval des sites miniers, et de façon à ce que les sites de grande valeur pour la biodiversité soient préservés. Concilier exploitation de l'or et conservation de la biodiversité n'est pas toujours chose facile, puisque les espaces naturels remarquables sont souvent situés sur des zones à potentiel aurifère comme le montrent les cartes.
Carte des sites d'activité minière en Guyane - crédit : ONF-WWF |
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Carte des espaces naturels remarquables - crédit : ONF/WWF |
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La question qui se pose est de savoir à quelles conditions l'exploitation de l'or est collectivement acceptable. Il s'agit de négocier une entente entre toutes les personnes impliquées pour le bénéfice du plus grand nombre. Les débats autour du projet de Parc National et du Schéma d'Aménagement Régional montrent que ce n'est pas chose facile.
Par ailleurs, il faudra que l'Etat mette tout en oeuvre pour que les espaces dans lesquels l'exploitation de l'or ne sera pas autorisée ne soient pas envahis par des orpailleurs clandestins, comme c'est malheureusement le cas pour la réserve naturelle des Nouragues.
L'or est une ressource géologique, un bien commun à tous les guyanais d'aujourd'hui et de demain. Alors que les répercussions négatives de l'activité aurifère touchent de nombreuses personnes, la plupart des bénéfices ne vont qu'à quelques-uns.
La forêt guyanaise est par ailleurs reconnue comme un patrimoine d'importance internationale du fait de sa grande biodiversité et de son état peu perturbé. En effet, les autres forêts tropicales disparaissent rapidement au rythme de 1 % par an (soit l'équivalent de deux fois la superficie de la forêt guyanaise).
Ressource
Compatibilité entre exploitation de l'or, protection de l'environnement et bien être des populations - p41 et 42 rapport de Mme Taubira
Extrait (p41-42) du rapport : Taubira-Delannon C., 2000...
3.d - Renforcer les réglementations
La réglementation minière en Guyane exige que l'exploitant localise et matérialise les limites de son exploitation ; déboise au minimum ; traite ses rejets de décantation ou les recycle ; élimine ses déchets et prenne des dispositions sanitaires et de sécurité pour le personnel ; remette en état le site après exploitation.
D'autres dispositions réglementaires doivent être appliquées, renforcées et améliorées au cours du temps (interdiction d'utiliser le mercure, prise en compte des milieux aquatiques, réhabilitation des sites, droit du travail …).
Le contrôle de l'application de ces mesures sur les sites légaux est effectué par la brigade nature de l'ONF (Office National des Forêts) et le service activités minières de la DRIRE (Direction Régionale de l'Industrie, de la Recherche et de l'Environnement). Il permet de vérifier que l'exploitant prend les précautions nécessaires pour diminuer les impacts environnementaux de son activité.
Il n'y a, bien évidemment, que les opérateurs miniers légaux qui sont soumis à la réglementation minière. Un non respect de cette réglementation peut entraîner pour l'opérateur un procès verbal ou une condamnation. Par ailleurs, un opérateur minier qui ne réhabilite pas son site après exploitation n'obtiendra pas de nouveau permis minier.
Les moyens de contrôle ainsi que les réglementations doivent encore s'améliorer, et des efforts sont actuellement menés dans ce sens.
Ressources
Fiche technique pour la limitation des impacts liés à l'activité aurifère
Fiche technique préparée par l'ONF en collaboration ave...
Fiche technique pour la limitation des impacts de l'activité aurifère (2)
Fiche technique préparée par l'ONF en collaboration ave...
3.e - Promouvoir les techniques à moindre impact
Les mesures suivantes ne concernent que la filière légale, sachant que l'activité clandestine ne se soucie pas de ses impacts sur l'environnement.
Avant l'exploitation, la prospection
Avant d'exploiter l'or, il faut idéalement faire une prospection, c'est à dire prendre des échantillons de sol afin de connaître le type d'or présent (or très fin, or grossier, ...) et la teneur approximative en or (en g d'or /m3 de terre).
Cette étape préalable permet de choisir les meilleures techniques pour exploiter l'or en fonction de sa granulométrie, de prévoir les revenus qu'on tirera de l'exploitation, et d'en déduire les investissements qu'on pourra faire sans s'endetter.
Elle doit permettre également de ne pas mettre en exploitation des secteurs non rentables, et d'épargner ainsi des parties de forêt qui seraient détruites à perte pour l'exploitant.
Pendant la phase d'exploitation de l'or
Lors de l'exploitation, différentes techniques permettent de diminuer les impacts sur l'environnement :
- déboisement : il doit être réduit au minimum nécessaire.
- augmentation de la turbidité des cours d'eau : elle est difficile à éviter lors des fortes pluies caractéristiques du milieu amazonien, mais peut être réduite par la création de bassins de décantation correctement dimensionnés, par le travail en circuit fermé (l'eau pour le lavage des sols est prélevée dans un bassin de décantation et est rejetée dans un autre bassin de décantation, ce qui permet de réduire le volume d'eau pompé dans le cours d'eau et le rejet d'eau boueuse directement dans le cours d'eau), par l'utilisation de floculants pour accélérer la sédimentation des particules de sol dans les bassins de décantation, ou encore par la mise en place d'un couvert végétal afin de limiter l'érosion des sols.
- rejet de mercure dans l'eau : il est interdit de l'utiliser depuis janvier 2006. Des techniques alternatives existent telles que les tables à secousses, les centrifugeuses, les sluices magnétiques ou la chlorination. Le problème reste les sites clandestins utilisant du mercure et non contrôlés, ainsi que le mercure stocké dans les sols lié aux anciennes exploitations d'or et remobilisé par l'érosion des sols.
- rejet de mercure dans l'air : il faut utiliser une retorte pour récupérer le mercure lorsqu'on chauffe l'amalgame or-mercure. Cela permet de limiter la propagation de vapeurs de mercure dans l'atmosphère. Les comptoirs d'or sont tenus d'avoir des installations (fours, distillateurs, ...) en règle vis à vis de la législation Installation Classé pour la Protection de l'Environnement. En juin 2006, seul un seul comptoir à Cayenne est aux normes.
- autres déchets toxiques : ils doivent être gérés et stockés dans des conditions respectueuses de l'environnement (ex : mise en place de systèmes de rétention pour les huiles usagées et les hydrocarbures) puis évacués vers des sites de traitement spécialisés.
- chasse : elle est à proscrire.
Après l'exploitation… la réhabilitation du site
Au fur et à mesure de l'avancement du chantier, l'opérateur minier est tenu de réhabiliter le site, c'est à dire d'éviter l'érosion des sols et de favoriser le retour à la forêt. Cela implique notamment de remettre les terres en place en évitant le maintien de fortes pentes, de refaire circuler la crique au travers des bassins de décantation une fois que l'eau est propre et de laisser revenir la végétation.
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Réhabilitation de site minier aprèsexploitation : on refait circuler lacrique dans la barranque combléeet asséchée - crédit : CAEX-GEO |
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Plantation de graines de palmiersWassai sur un site minier -crédit : CAEX-GEO |
Dans certains cas, par exemple quand le site intervient sur une Zone Naturelle d'Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique (ZNIEFF), l'opérateur doit inclure dans son projet un programme de revégétalisation. Les connaissances scientifiques et techniques sur le sujet doivent être affinées afin de généraliser cette démarche. Dans ce cadre, l'utilisation d'espèces non originaires de Guyane est à éviter.
Malgré tous les efforts que l'on peut faire pour réduire les impacts de l'activité, ces derniers restent importants. Par exemple, la contamination des eaux des rivières par les matières en suspension, est pratiquement inévitable en période de fortes pluies. On pourra donc, au mieux, parler d'exploitation d'or à moindre impact, mais pas d'exploitation "propre".
Photos
Videos
Techniques sans mercure - crédit : WWF Guianas
(2,42 MB)
Orpaillage et utilisation d'une retorte - crédit : WWF Guianas
(1,37 MB)
3.f - Former et accompagner la filière
Les opérateurs miniers de Guyane ont besoin d'un encadrement technique pour les aider à maîtriser les nouvelles techniques, notamment celles sans mercure. C'est ce qu'a mis en place la Chambre de Commerce et de l'Industrie de Guyane (CCIG) en embauchant un conseiller technique minier en 2006.
Des fiches techniques, expliquant différentes techniques à moindre impact, ont été développées dans quatre langues locales (créole guyanais, sranan tango, portugais et français) à l'intention des opérateurs miniers de Guyane par l'ONF (Office National des Forêts) en collaboration avec la DRIRE (Direction Régionale de l'Industrie, de la Recherche et de l'Environnement) et la DIREN (Direction Régionale de l'ENvironnement).
Au Suriname, des sessions d'information et de formation sont organisées pour les opérateurs miniers concernant les risques auxquels ils sont soumis, notamment lorsqu'ils sont en contact avec du mercure.
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Démonstration des techniquessans mercure (sluicemagnétique et chlorination- crédit : Rickford Vieira (WWF) |
Suriname : formation à l'utilisationd'une retorte pour limiter les pertesde mercure sous forme de vapeur- crédit : Rickford Vieira (WWF) |
Ressource
Fiche technique pour la limitation des impacts liés à l'activité aurifère
Fiche technique préparée par l'ONF en collaboration ave...
3.g - Inciter à souscrire à la charte minière
La FEDOMG (Fédération des Opérateurs Miniers de Guyane), consciente des impacts de l'exploitation minière sur l'environnement, a rédigé en 2005 une "charte" des opérateurs miniers de Guyane ou guide des bonnes pratiques en matière d'exploitation minière, en partenariat avec des services de l'Etat, la Région Guyane, l'ONF (Office National des Forêts) et des professionnels miniers.
L'objectif est, entre autre, d'aider les exploitants miniers à réduire leurs impacts environnementaux et sanitaires, mais aussi de développer l'activité minière.
L'adhésion à cette charte se fait sur base volontaire. Aussi, faut-il inciter les opérateurs miniers à souscrire à cette charte, qui reprend les préconisations de l'Etat et en propose de nouvelles.







