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2.c - Impacts sur la santé publique

2.c - Impacts sur la santé publique

Parce que l'exploitation de l'or provoque le rejet de mercure dans l'air, dans l'eau ainsi que l'augmentation de la turbidité de l'eau, elle est la cause de problèmes sanitaires importants sur les sites miniers eux-mêmes, et dans des villages situés à proximité ou en aval. Il est évident aussi que l'exploitation illégale a des impacts beaucoup plus forts, car non contrôlés, que l'exploitation légale.

Mercure et contamination de la chaîne alimentaire

Présent naturellement dans les sols tropicaux ou apporté par l'homme pour amalgamer l'or, le mercure-métal peut, une fois dans l'eau, se transformer sous l'action de bactéries en méthyl-mercure dans les milieux pauvres en oxygène.

Cette forme de mercure est absorbée par des micro-organismes (algues, plancton…) puis s'accumule tout au long de la chaîne alimentaire (poissons herbivores, poissons carnivores…) avec augmentation de la concentration à chaque étape. On parle de phénomène de bioamplification. Les teneurs en mercure finissent par atteindre des niveaux très élevés notamment en haut de la chaîne alimentaire, chez les poissons piscivores. L'aïmara concentrerait dans ses muscles jusqu'à 50 millions de fois plus de méthyl-mercure que l'eau de la rivière et 1000 fois plus de méthyl-mercure que les poissons herbivores.

La consommation de ces poissons par les populations entraîne une contamination en mercure qui, au-delà de certaines doses, agit de manière irréversible sur le système nerveux. Les femmes enceintes et les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables. Le méthyl-mercure possède la propriété de traverser la barrière du placenta, de sorte qu'il peut contaminer le fœtus. Ce dernier peut présenter des concentrations de 30 % supérieures à celles de la mère. L'intoxication peut entraîner des retards de croissance ou de développement psychomoteur (acquisition du langage …), des altérations du champ visuel, des troubles du comportement.

Dès 1994, des études ont été réalisées en Guyane par le RNSP (Réseau National de Santé Publique), l'Institut de Veille Sanitaire (InVS), l'INSERM et la Direction Générale de la Santé afin d'évaluer la contamination en mercure (mesurée dans les cheveux) des habitants. Les résultats ont montré que les habitants de plusieurs villages amérindiens avaient des teneurs en mercure supérieures aux recommandations de l'Organisation Mondiale pour la Santé (OMS).

Les études de 1997, conduites par l'InVS (Institut national de Veille Sanitaire) ont montré que 57% des Wayanas du Haut-Maroni échantillonnés présentaient des teneurs en mercure supérieures à 10 micro-gramme (µg) de mercure par gramme (g) de cheveux. Ces concentrations élevées ont été corrélées à la consommation de poisson: un Wayana âgé entre 15 et 45 ans mange environ 350 grammes de poisson par jour.
L'analyse des poissons a révélé un taux de contamination tel que les quantités de mercure ingérées par les Amérindiens Wayanas se situaient entre 200 et 450 µg de mercure organique, supérieures à la valeur limite hebdomadaire tolérable établie par l'OMS (200 µg organique pour un individu de 60 kg à l'époque de l'étude, limite passée depuis à 96 µg).

En juin 2005, la Direction de la Santé et du Développement Social (DSDS) et la Cire Antilles-Guyane ont réalisé une enquête d'imprégnation des populations des villages du Haut-Maroni sur un échantillon de 135 personnes. Le niveau moyen d'imprégnation capillaire était plus élevé qu'en 1997 (11,7µg/g de cheveux contre 10,6). Une enquête réalisée parallèlement sur les malformations congénitales dans cette même région n'a cependant pas révélé de taux de malformation dépassant les valeurs attendues et a conclu que ces cas de pathologie congénitale ne peuvent pas être attribués aux effets du mercure en l'état actuel des connaissances.

En septembre 2005, l'association Solidarité Guyane a réalisé une campagne de prélèvement de cheveux des habitants des villages Amérindiens du Haut-Maroni afin d'y doser le mercure. Certains enfants présentaient des taux supérieurs à 20 µg/g, soit deux fois supérieurs au seuil critique de mercure établi par l'OMS qui est de 10 µg/g ou 10 fois supérieurs à la moyenne mondiale (2 µg/g).

Prélèvement de cheveux pour le
dosage du mercure - crédit :
Rickford Vieira (WWF)

Les résultats de l'ensemble des études font cependant apparaître clairement un risque réel et sérieux d'imprégnation excessive en mercure de toutes les personnes mangeant beaucoup de poissons (contaminés d'une manière générale), et surtout d'effets neurotoxiques pour les enfants des populations amérindiennes (principalement lors de l'exposition du foetus au cours de la grossesse). Ce risque est d'autant plus grand que ces populations vivent dans une région qui connaît ou a connu l'exploitation aurifère. Les données récentes montrent aussi que la situation s'est agravée depuis 1997.

En janvier 2001, la Fédération des Organisations Autochtones de Guyane (FOAG) a déposé une plainte contre X pour empoisonnement au mercure et atteinte au droit à la santé, se constituant ainsi partie civile aux côtés des populations Wayanas et Emerillons des villages amérindiens du Haut-Maroni et du Tampoc. En 2005, le tribunal de Cayenne a prononcé un non-lieu suite à cette plainte. La FOAG relance sa plainte au niveau du droit international.

Vapeurs de mercure et intoxication

Le mercure est également hautement toxique sous forme de vapeur, puisqu'il est presque entièrement absorbé par les poumons des mineurs ou des revendeurs d'or souvent obligés de purifier le métal, quand ces derniers travaillent sans dispositif efficace de récupération des vapeurs de mercure (retorte).

Une fois dans le sang, le mercure traverse aisément les membranes cellulaires et atteint certains tissus vitaux, spécialement ceux du cerveau et des reins. L'intoxication occasionne divers troubles neurologiques comme des tremblements, une irritabilité, des pertes de mémoire…. L'irritation des voies respiratoires peut entraîner un œdème aigu du poumon.

Particules en suspension et maladies hydriques

L'eau des rivières peut aussi être polluée par les boues issues de l'activité minière (matières en suspension). On estime que 1000 tonnes de terre se retrouvent dans les cours d'eau pour un kilo d'or extrait. Ces particules de sol dans l'eau facilitent le transport de bactéries qui s'y adsorbent. L'eau devient impropre aux usages sanitaires, voire à la baignade et peut engendrer des gastro-entérites et des démangeaisons.

Vue aérienne des eaux boueuses de la rivière Camopi qui se jettent dans le fleuve Oyapock à hauteur du village de Camopi

Crédit : Philippe Weng

Le village de Camopi se situe à la
confluence de la rivière Camopi,
dont les eaux sont polluées par les
matières en suspension rejettées par
les chantiers miniers clandestins, et
du fleuve Oyapock. - crédit : Philippe
Weng

De plus, la présence de particules de sol rend plus difficile la désinfection et le traitement de potabilisation des eaux puisque ces dernières protègent les bactéries de l'action des désinfectants.

Barranques et recrudescence du paludisme

L'eau stagnante des barranques (bassins de décantation), pneus, bidons, déchets, et récipients divers favorise la prolifération des moustiques vecteurs de maladies telles que la dengue, le paludisme ou la fièvre jaune.

Barranque ou bassin de décantation
des eaux turbides - crédit : Viviane
Thierron (WWF)

De plus, les travailleurs illégaux présentent généralement un statut sanitaire et vaccinal précaire, et sont de ce fait susceptibles de contribuer à la propagation des maladies. Les comportements d'automédication contribuent à la résistance des virus/parasites aux thérapies.