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2 - Les impacts de l’exploitation d'or alluvionnaire

L'exploitation de l'or est une activité qui ne peut être qualifiée de durable puisqu'elle consiste en l'extraction d'une ressource géologique qui ne se renouvelle pas à l'échelle humaine du temps.

Elle a un impact économique non négligeable mais a aussi des effets négatifs forts sur l'environnement et la santé humaine . L'activité illégale a des impacts plus forts que l'activité légale et perturbe aussi fortement le bien-être et la vie quotidienne de nombreuses populations de l'intérieur de la Guyane.

Sommaire

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"L'or résonne dans mon imaginaire, ma culture et mon savoir ..."

Ainsi commence la vision que Madame Christiane Taubira donne à propos de l'orpaillage dans son rapport au premier ministre en 2000 ? Et vous,...

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2.a - Impacts sur l'économie guyanaise

Dans les trois Guyanes, on estime que l'activité aurifère, légale et illégale, procure un revenu direct ou indirect à près de 100.000 personnes.

En Guyane, l'activité minière est la deuxième activité industrielle en valeur à l'exportation derrière l'industrie spatiale.

En 2003, la production d'or déclarée à la DRIRE était d'un peu plus de 3 tonnes, tandis que l'or déclaré à l'exportation aux Douanes était d'environ 9 tonnes, soit trois fois plus, traduisant bien l'importante part clandestine de l'activité.

Ces 50 dernières années, près de 250 tonnes d'or ont été extraites du sous-sol guyanais. Il s'agit principalement d'or alluvionnaire et éluvionnaire, dont les gisements s'épuisent et sont appelés à se raréfier au cours des 20 prochaines années.

L'or extrait par l'activité illégale est estimé à environ 10 tonnes par an.

Le matériel (alcool, armes, carburant, carbets, nourriture, moyens de transport, matériel d'orpaillage, ...) détruit et saisi sur les sites illégaux lors des opérations Anaconda de la gendarmerie en 2005 équivaut à 1,3 tonnes d'or.

Emplois directs et indirects

En 2003, la filière "mines" comptait 85 entreprises (artisans, PME/PMI et multinationales) ; 50 entreprises déclarent 368 salariés, dont la majorité est d'origine étrangère (95 %, travaillant grâce à des Autorisations Provisoires de Travail) et 35 mineurs travaillent en leur nom propre, ne déclarant aucun salarié.

L'exploitation de l'or induit également des emplois dans d'autres secteurs d'activités tels que les transports (fluviaux et aériens), les commerces (épiceries, bijouteries…), les bureaux d'étude, les entreprises qui vendent du matériel de chantiers…

Taxes et retombées financières

La taxe sur l'or exploité et déclaré est un impôt direct local prélevé au profit des communes pour 2/3 et du département pour 1/3. Cette taxe représente pour les entreprises 0.5 % de leur chiffre d'affaires. En 2003, la taxe a rapporté 175 200 euros pour les 3 tonnes d'or déclarées.

L'activité aurifère est aussi taxée de manière indirecte (taxes sur le gasoil, octroi de mer…). Les opérateurs miniers ont obtenu en 2005 une détaxe du gasoil pour les moteurs fixes.

Des coûts non négligeables

En raison des impacts environnementaux de l'activité légale, mais surtout en raison de la part importante de l'activité illégale, l'exploitation de l'or est à l'origine de coûts importants pour la collectivité :

  • coûts de lutte contre l'orpaillage clandestin (opérations Anaconda, mobilisant des gendarmes, des moyens de transport: une journée d'hélicoptère coûte 10 500 euros...);
  • coûts sanitaires pour l'évacuation des malades et blessés, pour combattre le développement et la recrudescence de maladies;
  • coûts judiciaires liés aux interpellations, procès, reconduites aux frontières...;
  • coûts environnementaux liés au déboisement, à la dégradation et à la pollution des milieux aquatiques, à la diminution des ressources pour la chasse et la pêche (la réhabilitation d'un hectare de terrain coûte 2000 euros) …

Les bénéfices et les coûts économiques de l'orpaillage sont difficiles à évaluer du fait de l'opacité et de la forte part clandestine de l'activité aurifère. D'après les chiffres que l'on connaît, les bénéfices de l'activité sont loin d'équilibrer les coûts engendrés par l'ensemble de la filière (légale et illégale).

Photo

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Vue aérienne du village clandestin de Commando III en mars 2004, avant sa destruction par une opération Anaconda

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Le principe pollueur -payeur implique ...

Le principe pollueur-payeur implique que celui qui provoque des dégâts doit les réparer et en assumer les coûts. Comment verriez-vous l'appli...

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Toutes les dépenses occasionnées du fait des dégâts provoqués par l'orpaillage auraient pu permettre le développement d'autres activités. Lesquel...

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Ressources

Objectifs et bilan des opérations Anaconda de la Gendarmerie en 2005

Description des objectifs, du concept des opérations An...

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Les déterminants du cours de l'or - p 31- 32, rapport de Mme Taubira

extrait (p31 et 32) du rapport : Taubira-Delannon C., 2...

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2.b - Impacts sur l'environnement

L'exploitation d'un gisement d'or alluvionnaire se fait suivant différentes étapes : déforestation, ouverture du placer, ouverture de la première barranque, exploitation du gisement, traitement de l'or.

Toutes ces étapes de l'exploitation engendrent des impacts nombreux sur l'environnement.

… sur l'écosystème forestier

Pour avoir accès aux ressources du sous-sol, les opérateurs déboisent en premier lieu. Les surfaces déboisées dépendent du type de permis minier. Des déboisements sont aussi effectués pour réaliser les pistes d'accès aux sites miniers et pour permettre l'implantation des campements.

L'ouverture de la clairière créée une zone de fracture dans la forêt. Les animaux présents dans la zone de déboisement et dans les arbres coupés fuient plus loin.

Par ailleurs, les sols mis à nu sont plus facilement érodés sous l'effet des fortes pluies. Ceci contribue à augmenter la quantité de matières en suspension dans les rivières et donc la turbidité de l'eau.

Huiles de vidange, fûts d'essence, emballages, carcasses d'engins… sont aussi souvent abandonnés sur place au départ des orpailleurs. Ces déchets peuvent polluer les sols voire les rivières avoisinantes si les pluies les y entraînent.

… sur l'écosystème aquatique

  • destruction des lits des cours d'eau

Après le déboisement, le cours d'eau est ensuite dérivé, généralement à l'aide d'une pelle mécanique. Pour accéder au sous-sol, un fossé rectiligne est creusé en lieu et place d'une rivière qui serpentait. Si cette pratique permet de travailler dans le lit de la crique sans polluer l'eau directement, elle engendre cependant une diminution des habitats variés et propices au développement de nombreux végétaux et animaux.

Des barges, interdites en Guyane, sont parfois utilisées illégalement surtout sur les fleuves frontaliers. Cette pratique perturbe également fortement le lit des rivières et la vie aquatique.

  • augmentation de la turbidité de l'eau

L'exploitation d'or alluvionnaire est une importante source d'érosion des sols, puisqu'elle nécessite la mise à nu de grandes surfaces. L'extraction déplace d'importants volumes de terre et se fait souvent jusqu'à plusieurs mètres de profondeur.

Les fortes pluies lessivent ces sols mis à nu et entraînent des particules vers les cours d'eau. Ces derniers voient leur taux de matières en suspension et leur turbidité augmenter. La lumière pénètre moins profondément dans l'eau et le fonctionnement des plantes aquatiques chlorophylliennes est perturbé. Ceci contribue à diminuer le taux d'oxygène dans l'eau, entraînant progressivement l'asphyxie du milieu, et l'altération voire la disparition de la flore et de la faune aquatique.

La sédimentation des particules en suspension peut boucher les branchies des poissons et recouvrir les zones de frayères de nombreuses espèces de poissons et de batraciens qui auront donc plus de mal à se reproduire. Les poissons et plantes ayant besoin d'une eau claire et limpide vont disparaître. Par exemple, la "salade koumarou", plante aquatique que l'on retrouve dans les fleuves au niveau des sauts, une fois recouverte par les sédiments, ne peut plus effectuer le processus de photosynthèse nécessaire à son développement. Les espèces de poissons se nourrissant de cette "salade" s'en trouvent directement affectées et migrent vers des endroits plus propices.
En fonction des quantités de matières en suspension apportées par l'exploitation minière et de la dynamique de la rivière, les problèmes engendrés par l'augmentation de la turbidité peuvent se faire sentir sur plusieurs centaines de mètres en aval du site minier, voire plusieurs kilomètres.

… sur les chaînes alimentaires

Différentes substances toxiques utilisées pour l'exploitation de l'or peuvent être rejetées dans l'eau des rivières, dont le mercure.

Le mercure rejeté provient :

  • de celui utilisé pour amalgamer l'or (pratique interdite sur les sites légaux depuis janvier 2006, mais toujours très répandue sur les sites clandestins),
  • de celui présent dans les sols. D'une part, les sols amazoniens sont naturellement riches en mercure. D'autre part, une grande partie du mercure utilisé depuis plus de 150 ans pour l'exploitation de l'or a été rejetée et s'est accumulée dans les sols. Le lessivage et la déstructuration des sols du fait de l'activité aurifère mobilise le mercure naturel des sols et remobilise celui déposé lors des précédentes exploitations.

Une fois dans l'eau, le mercure va rapidement se transformer en méthyl-mercure qui peut pénétrer et s'accumuler facilement dans les organismes vivants. Par le biais des chaînes alimentaires (depuis les algues et le plancton, puis les petits poissons herbivores et les poissons carnivores), le mercure s'accumule pour finalement atteindre l'Homme et d'autres animaux piscivores. On parle de phénomène de bioamplification. Les fortes concentrations deviennent toxiques pour nombre de poissons et d'animaux mais aussi pour l'homme.

Un proverbe Wayampi explique que l'or a été donné à la terre afin de la rendre plus solide. "La terre, tant qu'elle garde son or, ne pourrit pas".

... sur la faune environnante

Beaucoup de mines légales importent la nourriture (notamment de la viande congelée) alors que sur les sites illégaux, les ouvriers chassent et pêchent de manière non contrôlée et mettent en danger certaines populations animales.

Cette chasse peut réduire fortement les ressources vivrières des communautés locales vivant à proximité des sites d'orpaillage.

... sur l'air

Lors du chauffage à l'air libre de l'amalgame or-mercure, des vapeurs de mercure sont rejetées dans l'air. S'il n'est pas fait usage d'une retorte (ou distillateur) permettant de récupérer une grande partie du mercure, ces vapeurs toxiques polluent l'air ambiant.

Amalgame or- mercure -
crédit : Viviane Thierron (WWF)
Amalgame chauffé à l'air libre -
crédit : Rickford Vieira (WWF)

Ce problème se pose en forêt, lorsque l'amalgame est chauffé sur le terrain, mais également en ville, autour des comptoirs d'or, qui rachètent l'or aux exploitants miniers et le purifient avant de l'envoyer en métropole pour qu'il y soit affiné. Leurs installations doivent être aux normes des Installations Classées pour la Protection de l'Environnement, ce qui est le cas d'un seul comptoir d'or en juin 2006 à Cayenne.

Même si l'utilisation du mercure dans l'exploitation aurifère est interdite en Guyane depuis janvier 2006, il arrive souvent que des opérateurs miniers travaillant sur des sites anciennement exploités récupèrent du mercure stocké dans les sols, amalgamé avec de l'or, et soient donc contraints de traiter ce mercure.

Photos

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Vue aérienne d'un site aurifère

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Déboisement à la pelle mécanique

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Vue aérienne d'un campement minier

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Barge

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Chantier et lance monitor

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Eau turbide issue d'un chantier

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Le saviez-vous ?

Le mercure contenu dans une pile peut polluer 1 m3 de terre et 1000 m3 d'eau pendant 50 ans.Combien cela donnerait-il pour les 1.3 kg de mercure...

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D'autres activités participent à la mise en circulation du mercure contenu dans les sols amazoniens. A votre avis, quelles peuvent être ces a...

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Ressource

L'orpaillage en Guyane, un mal incurable ? - Courrier de la Nature n°198, 2002

Article : Catzeflis F., Geraux H., Le Guen R., 2002 – L...

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2.c - Impacts sur la santé publique

Parce que l'exploitation de l'or provoque le rejet de mercure dans l'air, dans l'eau ainsi que l'augmentation de la turbidité de l'eau, elle est la cause de problèmes sanitaires importants sur les sites miniers eux-mêmes, et dans des villages situés à proximité ou en aval. Il est évident aussi que l'exploitation illégale a des impacts beaucoup plus forts, car non contrôlés, que l'exploitation légale.

Mercure et contamination de la chaîne alimentaire

Présent naturellement dans les sols tropicaux ou apporté par l'homme pour amalgamer l'or, le mercure-métal peut, une fois dans l'eau, se transformer sous l'action de bactéries en méthyl-mercure dans les milieux pauvres en oxygène.

Cette forme de mercure est absorbée par des micro-organismes (algues, plancton…) puis s'accumule tout au long de la chaîne alimentaire (poissons herbivores, poissons carnivores…) avec augmentation de la concentration à chaque étape. On parle de phénomène de bioamplification. Les teneurs en mercure finissent par atteindre des niveaux très élevés notamment en haut de la chaîne alimentaire, chez les poissons piscivores. L'aïmara concentrerait dans ses muscles jusqu'à 50 millions de fois plus de méthyl-mercure que l'eau de la rivière et 1000 fois plus de méthyl-mercure que les poissons herbivores.

La consommation de ces poissons par les populations entraîne une contamination en mercure qui, au-delà de certaines doses, agit de manière irréversible sur le système nerveux. Les femmes enceintes et les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables. Le méthyl-mercure possède la propriété de traverser la barrière du placenta, de sorte qu'il peut contaminer le fœtus. Ce dernier peut présenter des concentrations de 30 % supérieures à celles de la mère. L'intoxication peut entraîner des retards de croissance ou de développement psychomoteur (acquisition du langage …), des altérations du champ visuel, des troubles du comportement.

Dès 1994, des études ont été réalisées en Guyane par le RNSP (Réseau National de Santé Publique), l'Institut de Veille Sanitaire (InVS), l'INSERM et la Direction Générale de la Santé afin d'évaluer la contamination en mercure (mesurée dans les cheveux) des habitants. Les résultats ont montré que les habitants de plusieurs villages amérindiens avaient des teneurs en mercure supérieures aux recommandations de l'Organisation Mondiale pour la Santé (OMS).

Les études de 1997, conduites par l'InVS (Institut national de Veille Sanitaire) ont montré que 57% des Wayanas du Haut-Maroni échantillonnés présentaient des teneurs en mercure supérieures à 10 micro-gramme (µg) de mercure par gramme (g) de cheveux. Ces concentrations élevées ont été corrélées à la consommation de poisson: un Wayana âgé entre 15 et 45 ans mange environ 350 grammes de poisson par jour.
L'analyse des poissons a révélé un taux de contamination tel que les quantités de mercure ingérées par les Amérindiens Wayanas se situaient entre 200 et 450 µg de mercure organique, supérieures à la valeur limite hebdomadaire tolérable établie par l'OMS (200 µg organique pour un individu de 60 kg à l'époque de l'étude, limite passée depuis à 96 µg).

En juin 2005, la Direction de la Santé et du Développement Social (DSDS) et la Cire Antilles-Guyane ont réalisé une enquête d'imprégnation des populations des villages du Haut-Maroni sur un échantillon de 135 personnes. Le niveau moyen d'imprégnation capillaire était plus élevé qu'en 1997 (11,7µg/g de cheveux contre 10,6). Une enquête réalisée parallèlement sur les malformations congénitales dans cette même région n'a cependant pas révélé de taux de malformation dépassant les valeurs attendues et a conclu que ces cas de pathologie congénitale ne peuvent pas être attribués aux effets du mercure en l'état actuel des connaissances.

En septembre 2005, l'association Solidarité Guyane a réalisé une campagne de prélèvement de cheveux des habitants des villages Amérindiens du Haut-Maroni afin d'y doser le mercure. Certains enfants présentaient des taux supérieurs à 20 µg/g, soit deux fois supérieurs au seuil critique de mercure établi par l'OMS qui est de 10 µg/g ou 10 fois supérieurs à la moyenne mondiale (2 µg/g).

Prélèvement de cheveux pour le
dosage du mercure - crédit :
Rickford Vieira (WWF)

Les résultats de l'ensemble des études font cependant apparaître clairement un risque réel et sérieux d'imprégnation excessive en mercure de toutes les personnes mangeant beaucoup de poissons (contaminés d'une manière générale), et surtout d'effets neurotoxiques pour les enfants des populations amérindiennes (principalement lors de l'exposition du foetus au cours de la grossesse). Ce risque est d'autant plus grand que ces populations vivent dans une région qui connaît ou a connu l'exploitation aurifère. Les données récentes montrent aussi que la situation s'est agravée depuis 1997.

En janvier 2001, la Fédération des Organisations Autochtones de Guyane (FOAG) a déposé une plainte contre X pour empoisonnement au mercure et atteinte au droit à la santé, se constituant ainsi partie civile aux côtés des populations Wayanas et Emerillons des villages amérindiens du Haut-Maroni et du Tampoc. En 2005, le tribunal de Cayenne a prononcé un non-lieu suite à cette plainte. La FOAG relance sa plainte au niveau du droit international.

Vapeurs de mercure et intoxication

Le mercure est également hautement toxique sous forme de vapeur, puisqu'il est presque entièrement absorbé par les poumons des mineurs ou des revendeurs d'or souvent obligés de purifier le métal, quand ces derniers travaillent sans dispositif efficace de récupération des vapeurs de mercure (retorte).

Une fois dans le sang, le mercure traverse aisément les membranes cellulaires et atteint certains tissus vitaux, spécialement ceux du cerveau et des reins. L'intoxication occasionne divers troubles neurologiques comme des tremblements, une irritabilité, des pertes de mémoire…. L'irritation des voies respiratoires peut entraîner un œdème aigu du poumon.

Particules en suspension et maladies hydriques

L'eau des rivières peut aussi être polluée par les boues issues de l'activité minière (matières en suspension). On estime que 1000 tonnes de terre se retrouvent dans les cours d'eau pour un kilo d'or extrait. Ces particules de sol dans l'eau facilitent le transport de bactéries qui s'y adsorbent. L'eau devient impropre aux usages sanitaires, voire à la baignade et peut engendrer des gastro-entérites et des démangeaisons.

Vue aérienne des eaux boueuses de la rivière Camopi qui se jettent dans le fleuve Oyapock à hauteur du village de Camopi

Crédit : Philippe Weng

Le village de Camopi se situe à la
confluence de la rivière Camopi,
dont les eaux sont polluées par les
matières en suspension rejettées par
les chantiers miniers clandestins, et
du fleuve Oyapock. - crédit : Philippe
Weng

De plus, la présence de particules de sol rend plus difficile la désinfection et le traitement de potabilisation des eaux puisque ces dernières protègent les bactéries de l'action des désinfectants.

Barranques et recrudescence du paludisme

L'eau stagnante des barranques (bassins de décantation), pneus, bidons, déchets, et récipients divers favorise la prolifération des moustiques vecteurs de maladies telles que la dengue, le paludisme ou la fièvre jaune.

Barranque ou bassin de décantation
des eaux turbides - crédit : Viviane
Thierron (WWF)

De plus, les travailleurs illégaux présentent généralement un statut sanitaire et vaccinal précaire, et sont de ce fait susceptibles de contribuer à la propagation des maladies. Les comportements d'automédication contribuent à la résistance des virus/parasites aux thérapies.

2.d - Impacts sur la vie sociale et culturelle

En raison de l'importance de l'orpaillage clandestin et des dégradations affligées aux ressources naturelles, l'exploitation de l'or a de forts impacts sur la vie quotidienne de nombreuses communautés des fleuves et de l'intérieur.

Pertes des terres et des ressources de subsistance

En ce qui concerne les communautés Amérindiennes de Guyane, elles sont en majorité opposées à l'activité minière. La présence de chantiers illégaux à proximité des zones de vie provoque des conflits d'usage par une occupation non souhaitée des terres, une dégradation du milieu naturel ainsi que des pressions de chasse et de pêche qui appauvrissent leurs ressources de subsistance.

En 1998, des représentants des autorités coutumières Amérindiennes et Bushinengué ont rédigé la résolution commune de Twenké, demandant que l'Etat et les Collectivités de la Guyane reconnaissent ces peuples et leurs droits. A la résolution principale sont annexées 6 résolutions spécifiques, dont la troisième, relative aux activités minières, "recommande vivement aux orpailleurs de se reconvertir dans des activités alternatives, visant la préservation des écosystèmes et la paix civile."

Un " mal " nécessaire

L'activité minière est une source de revenus non négligeables pour certaines communautés Bushinengué. Comme le montre une étude réalisée par le WWF auprès de populations travaillant dans des camps d'orpaillage surinamais du fleuve Maroni, l'orpaillage est considéré de manière générale, comme un "mal nécessaire" car il permet d'obtenir un revenu dans des zones éloignées des villes, où peu d'alternatives économiques existent.

L'argent issu de l'activité minière permet aussi de financer des magasins, du transport, l'électricité ou une visite chez le médecin.

Trafics en tous genres (armes, alcool, drogue) et prostitution

Des comptoirs logistiques (épiceries, dépôts de carburants...) sont mis en place à proximité des villages par la filière minière clandestine, et proposent à des prix exorbitants de l'alcool et des cigarettes.

Autour de ces sites se mettent en place des réseaux de drogue, de prostitution et des trafics d'armes. Un marché parallèle de médicaments se met également en place dans certains lieux.

Du fait des réseaux de prostitution, la proximité des sites miniers exposent les habitants des villages aux maladies sexuellement transmissibles.

Heurts entre modes de vie traditionnels et économie de marché

L'orpaillage et ses trafics annexes accélèrent le passage des communautés traditionnelles basées sur une économie de subsistance à l'économie de marché basée sur l'argent. Cette dernière implique souvent une détérioration des coutumes et de l'unité communautaire par perte de l'identité culturelle.

Augmentation de l'insécurité

L'attrait de l'or, l'isolement des sites, la pauvreté accrue des clandestins du fait d'opérations Anaconda répétées, contribuent à développer un climat d'insécurité. Les opérateurs miniers légaux sont régulièrement victimes de braquages et d'agressions.

Par ailleurs, les vols de moteurs de bateaux ou d'autres objets utiles pour les orpailleurs clandestins ont augmenté ces derniers mois dans les villages de l'intérieur, mais aussi auprès d'opérateurs touristiques ou de stations scientifiques situées sur des fleuves orpaillés. Deux gardes de la réserve naturelle des Nouragues ont malheureusement été récemment assassinés au camp Arataï, marquant une escalade dans les violences liées à l'orpaillage clandestin. Les relations humaines semblent décidément régies par la loi du plus fort...

Ressources

Résolution commune de Twenké, 1998

Résolution commune des représentants des peuples Amérin...

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Etude sur les perceptions des communautés Bushinengue par rapport aux impacts de l'orpaillage

Heemskerk M. and Oliveira M., 2004 – Maroon perceptions...

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Orpaillage légal et illégal - Le point de vue de la Gendarmerie de Guyane

Distinction entre orpaillage légal et illégal et impact...

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Objectifs et bilan des opérations Anaconda de la Gendarmerie en 2005

Description des objectifs, du concept des opérations An...

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