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2 - Les impacts des activités agricoles

Les activités agricoles prennent une part active dans le développement économique de la Guyane. Toutefois, les méthodes et produits qui sont utilisés pour permettre de développer les productions peuvent avoir des impacts importants sur l'environnement, sur la santé des utilisateurs et des consommateurs.

Sommaire

2.a - Impacts sur l'économie et la vie sociale

La valeur de la production agricole est estimée à environ 97 millions d'euros en 2004 (Agreste 2005). Les abattis permettent notamment aux populations des fleuves et de l'intérieur de pouvoir subvenir à leurs besoins alimentaires.

La plupart des exploitants le sont à titre individuel et plus de la moitié des terres agricoles est mise en valeur par l'exploitant lui-même. La population agricole représente environ 12 % de la population totale de la Guyane. Ce sont près de 20 000 personnes dont l'activité cumulée équivaut à 5 200 emplois à temps plein. Ce chiffre demeure sous estimé car les exploitations de moins de 2 hectares ne sont pas recensées. La croissance de l'emploi agricole (18 %) suit celle du nombre des exploitations.

La moitié de la population agricole a moins de 20 ans. Et au moins 15 % des chefs d'exploitation mène une autre activité parallèle. La situation est très différente suivant les communes, la part du temps consacrée à l'exploitation étant plus importante sur les communes du littoral.

Plus de la moitié des chefs d'exploitation sont des femmes qui travaillent à temps complet. Celles-ci représentent les deux tiers des chefs d’exploitation de moins de 35 ans et 58 % des actifs agricoles familiaux. Ce fait s’explique par la pratique de la culture sur abattis dans les communautés bushinenguées, amérindiennes du Maroni. Les travaux de déforestage sont menés par les hommes alors que les femmes assurent, au jour, le jour l'entretien des plantations et les récoltes. D'Apatou à Maripasoula, 75 % des chefs d'exploitation sont des femmes.

Par contre, l'emploi salarié est peu développé : 174 exploitations fournissent du travail à 440 salariés permanents, dont 230 à temps plein.

Ressource

L'agriculture pour sortir de la galère.

Article : Y. ALIZE, 2006 - L'agriculture pour sortir de...

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2.b - Impacts sur l'environnement.

Même si les productions agricoles permettent à la population guyanaise de satisfaire une partie de ses besoins alimentaires, elles peuvent poser en absence de précautions, des problèmes environnementaux : dégradation des milieux aquatiques, pollution des eaux par les fertilisants et pesticides, défrichements non contrôlés de grandes surfaces contiguës. Actuellement, ces impacts sont faibles.

Sur l'eau et les milieux aquatiques

Les impacts relatifs à l'eau et aux milieux aquatiques sont de trois ordres :

  • l'aménagement qui modifie le milieu notamment les zones humides,
  • les prélèvements qui modifient le régime des eaux et peuvent engendrer des surexploitations et des conflits d'usage,
  • enfin les rejets issus des activités agricoles (engrais, produits phytosanitaires, matières organiques) peuvent polluer cours d'eau et nappes.

Les aménagements comme les ouvertures de piste, la déforestation, le drainage des savanes et la création de polders peuvent avoir des répercussions sur le régime des eaux de surface ou souterraines.

L'agriculture guyanaise est consommatrice d'eau dans plusieurs domaines, à des niveaux variables et avec de fortes variations saisonnières possibles : la riziculture, l'irrigation maraîchaère et fruitière en saison sèche, l'abreuvement du bétail.

Les pollutions proviennent de rejets ponctuels lors de manipulations, elles proviennent de l'épandage d'engrais et de l'emploi de produits phytosanitaires. La modernisation et les pratiques intensives font augmenter la consommation de ces produits. Certes, l'énorme débit des fleuves diluent les excéès de fertilisants et de pesticides, mais on a mis en cause, récemment (sans pouvoir le prouver concrètement), des dangers sanitaires pour les populations de Cacao et de l'aval immédiat de la Comté.

Les produits phytosanitaires répandus sur les zones de culture peuvent rejoindre et polluer l’eau :

  • par pulvérisation directement au dessus d’un plan d’eau,
  • du fait du rinçage du pulvérisateur dans l'eau,
  • par ruissellement du produit à la surface du sol. Ce phénomène est accéléré lorsque la surface traitée est en pente et que la surface est imperméable ou semi perméable (sol argileux, trottoirs, allées),
  • après infiltration dans le sol (du fait du lessivage par les pluies) vers les eaux souterraines.

Quelle que soit la technique utilisée, épandage manuel, par avion ou à l'aide d'un pulvérisateur, seulement une partie de la quantité de produit utilisé atteint son objectif. Le reste se diffuse dans l'air, le sol et l'eau. Solubles dans l'eau, ces produits toxiques sont retrouvés en plus ou moins grandes quantités, dans les eaux de ruissellement, les nappes phréatiques et les cours d’eau. Aujourd'hui, aucun milieu aquatique de la planète n'est épargné par les pesticides ou les engrais.

Ces produits toxiques persistent même après plusieurs années, contaminant dans la durée les lieux qu'ils atteignent. Il y a une dizaine d'années les agriculteurs des Antilles utilisaient un pesticide dénommé "chloredécon". Aujourd'hui interdit, il est encore retrouvé dans les sols et les cours d'eau.

L’impact direct de l’utilisation des produits, sur le milieu aquatique est la baisse de la qualité des eaux voire la contamination des eaux outerraines. La principale conséquence peut être une augmentation du prix de l’eau. En effet, le traitement de l’eau sera plus long et des investissements importants devront être faits dans des techniques de pointe pour rendre l’eau potable.

Enfin, les élevages sont de gros producteurs de rejets pollués : déjections animales, eaux de lavage des installations, ruissellement des eaux usées issues des aires de stabulation. En Guyane, le Programme de Maîtrise des Pollutions d’Origine Agricole en vigueur en France, ne s’applique pas aux élevages intensifs. Quatre élevages de porcins soumis à autorisation et un élevage soumis à déclaration sont surveillés car ils rejettent dans le milieu environ 6 000 m3 de lisiers. Ceci constitue un risque en matière de pollution organique.

Sur la forêt et les sols

L'agrandissement des surfaces cultivées nécessite le défrichage de portions de forêts de surface équivalente. Les feux mal contrôlés pose différents problèmes environnementaux : modification du biotope, disparition des peuplements de lisière, très riches en de nombreuses espèces, érosion des zones de pente forte (supérieures à 40 %), disparition d'arbres remarquables, paysages dégradés en bord de route... A l'inverse le maintien d'une mozaïque (arbres dans les zones les moins riches, prairies, zones de cultures) n'est pas un sacrifice économique : si la surface de production est moindre, elle est compensée par le maintien d'un abri contre le vent et le soleil (des cultures redoutant un trop fort ensoleillement peuvent être établies à proximité des arbres).

Du fait de la sédentarisation des populations, de la modernisation des techniques et de la perte des savoirs par les jeunes, l'exploitation en abattis peut poser des problèmes comme ceux cités précédemment, même si plus atténués. La taille des abattis augmente, les durées de rotation diminuent , on utilise plus longtemps les parcelles (en replantant le manioc ou en le conservant), les surfaces défrichées ne sont plus aussi disséminés qu'autrefois...

L’usage excessif d’herbicides dénude le sol, ce qui facilite l’érosion et le lessivage de ce dernier. Le sol se tasse, il s’appauvrit car il perd les sels minéraux et les micros-organismes nécessaires à une bonne fertilité.

De plus, l’exploitation agricole réalisée sur des sols pentus peut entraîner un risque en matière d’érosion des sols. En effet, les fortes précipitations entraînent le substrat et réduisent d’autant, la faible fertilité naturelle des terrains. L'irrigation mal contrôlée peut également entraîner un lessivage du sol et une dégradation de la fertilité. Elles peuvent également engendrer un entraînement des sédiments qui augmentent la charge en argile des eaux de surface.

Enfin, toutes les activités de défrichage et de travail du sol peuvent être à l'origine de la remobilisation du mercure naturellement contenu dans les sols guyanais. Le mercure peut s'accumuler ensuite dans les chaînes alimentaires menaçant la santé environnementale et la santé des hommes.

Sur la faune

Les animaux peuvent être intoxiqués soit en consommant de l’eau contaminée, soit en étant en contact direct avec les pesticides et/ou les engrais, soit en mangeant une proie elle-même intoxiquée. la contamination par les produits toxiques n'a pas de frontière, même des animaux comme les ours polaire ou les bélugas vivant loin des zones agricoles peuvent être contaminés.

Les effets de ces produits nocifs peuvent être les suivants : mort subite, baisse de la fertilité, baisse des défenses immunitaires. Une fois dans l’eau, ces substances nocives sont absorbées par les végétaux et les animaux puis s’accumulent dans les fibres des végétaux et dans les graisses animales. Ainsi, plus on monte dans la chaîne alimentaire, plus la concentration de ce produit nocif est importante chez les êtres vivants. C’est ce que l’on appelle la bioamplification.

On sait que de nombreux animaux transmettent ces produits chimiques à leur progéniture : les mammifères par le placenta et au cours de l’allaitement. Tandis que les reptiles et les oiseaux transmettent les produits par les œufs. L’utilisation de ces produits provoque des problèmes neurologiques, des anomalies de la reproduction ou du développement, ainsi que certains cancers.

Sur certains insectes et mauvaises herbes, l’usage répété d’un pesticide, le mauvais dosage aboutisent au phénomène de résistance. Ce qui se traduit par une augmentation générale de la capacité d’une population d'insectes donnée à survivre malgré l’emploi d’un insecticide. En effet, les individus les plus sensibles de la population meurent, mais les plus résistants se reproduisent. Ainsi, la résistance se transmet d’une génération à l’autre et après un certain temps, le produit devient complètement inefficace.

500 espèces d'acariens et d'insectes étaient considérées comme résistantes à un ou plusieurs insecticides. Ce nombre augmente chaque année. Ainsi, les agriculteurs sont obligés d’augmenter le nombre de produits utilisés et les doses recommandées. Ils sont entraînés malgré eux dans une consommation toujours plus accrue de produits chimiques.

En outre, l'utilisation des pesticides entraînent également la disparition des espèces ennemis de nuisibles et peut priver les agriculteurs d'auxiliaires importants pour la protection naturelle de leurs cultures.

Photos

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Réalisation de la piste agricole secondaire à Corossony (Régina)

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Brûlis d'une parcelle à cultiver

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Vue d'une zone déforestée en bordure de la Comté

Actualité

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2.c - Impacts sur la santé publique

Depuis que l’usage des produits chimiques s’est généralisé, les scientifiques étudient leurs impacts sur la santé de l’homme. Ils ont pu établir des liens entre les produits chimiques et certaines maladies mais les recherches continuent afin de lever les doutes qui peuvent subsister.

Des certitudes

Les produits chimiques (pesticides et engrais) ont des impacts non négligeables sur la santé de l’homme. Les utilisateurs de ces produits, les agriculteurs, peuvent être les premiers à souffrir de leurs effets, s’ils ne prennent pas les précautions d’emplois au moment de la préparation et de la pulvérisation comme par exemple : mettre des gants, un masque, des lunettes de protection et un manteau.

Il a été mesuré que les cancers de l'estomac, du pancréas, du rein...de même que la leucémie, le myléome multiple sont des maladies beaucoup plus courantes chez la population agricole que chez le reste de la population française.

D'après une étude effectuée sur les dossiers médicaux d'agriculteurs et d'exploitants agricoles français, ce sont les fongicides et les insecticides/nématicides qui sont le plus souvent mis en cause dans les intoxications dues aux pesticides. La voie de contamination la plus fréquente est la peau, suivie des yeux, de l'inhalation, et en dernier lieu de l'ingestion (en avalant du produit lorsque l'on mange un sandwich ou que l'on porte ses doigts à sa bouche après ou pendant le traitement). Les symptômes les plus courants sont des problèmes de la peau, de la digestion, des yeux. Dans 51 % des cas d'intoxication, le patient présentait plus d'un symptôme.

Les plantes contiennent naturellement des nitrates. En fonction de notre régime alimentaire, les apports varient entre 30 et 185 mg par jour. Pour un végétarien les valeurs atteignent 185 et 195 mg par jour. Les aliments les plus riches sont la laitue, l’épinard et le céleri atteignant 1000 mg par kilo. Apportée en excès par l’homme par les engrais, la quantité de nitrate peut augmenter dans les végétaux. Or ces nitrates sont dangereux pour la santé.

Pour protéger les personnes sensibles (nourrissons, femmes enceintes) la législation vise à réduire l’exposition aux nitrates provenant des produits alimentaires et de l’eau. Elle fixe des hauteurs maximales à ne pas dépasser. Ainsi, pour la laitue et l’épinard, cette hauteur varie de 2000 à 4 500 mg de nitrate par kilo. L’eau potable ne doit pas dépasser 50 mg de nitrate par litre.

La recherche continue

Les chercheurs soupçonnent les nitrites d’être à l’origine de la cyanose du « nourrisson », c'est-à-dire un mauvais transfert de l’oxygène vers les cellules de ce dernier. C’est une maladie extrêmement rare qui n’affecte que les jeunes nourrissons et qui sans traitement peut être mortelle.

Plusieurs études font le lien entre l’exposition à des produits phytosanitaires et le développement de maladies graves. On peut citer les risques de cancers chez l’enfant qui sont souvent évoqués lorsque les parents sont fréquemment exposés. Des risques de leucémies, chez le bébé lors d’une exposition de la mère au moment de la grossesse, sont également présentés. 50 % des études concluent à un lien de causalité.

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Quand il demeure un risque...

Il est souvent plus sage de faire attention et de le prévenir. C'est ce qu'on appelle le principe de précaution. Qu'en pensez-vous ?

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