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1 - La situation de l'agriculture en Guyane

L’agriculture représente environ 5% du Produit Intérieur Brut de la Guyane. C'est un secteur dynamique où le nombre d’exploitations augmente rapidement. En douze ans, leur nombre est passé de 4500 à plus de 5300, soit une croissance de plus de 18 %.

En 2000, on dénombre 5 318 exploitations agricoles en Guyane, concentrées sur le littoral et le long des fleuves Maroni et Oyapock. La surface agricole utilisée représente 23176 ha soit environ 0,3 % du territoire.

L’agriculture guyanaise est marquée par des conditions naturelles difficiles dues au contexte amazonien (climat et pauvreté du sol).

Sommaire

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Occupations agricoles

1.a - Des conditions naturelles difficiles

Comme partout dans la grande région amazonienne, le sol est pauvre en nutriments et les cultures sont envahies rapidement par nombre d'espèces considérées comme nuisibles (fourmis manioc, limaces autres insectes, mauvaises herbes). Aussi, pour nourrir le sol et protéger ses cultures, l’agriculteur a recours à un duo composé de pesticides et d’engrais. Mais, l’usage excessif de ces produits chimiques dégrade la qualité du sol, de l’eau et provoque des nuisances sur les êtres vivants et la santé humaine.

Ces produits sont utilisés pour les exploitations en monoculture : les rizières et les vergers, mais également pour les cultures maraîchères. L’application de ces produits, se fait soit mécaniquement soit manuellement. En riziculture, le traitement se fait essentiellement par voie aérienne. Les abattis traditionnels utilisent très rarement les traitements chimiques.

Il faut savoir que les pesticides et les engrais sont également utilisés par des particuliers, des entreprises et des collectivités pour la protection et la culture de leurs jardins et espaces verts.

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1.b - Une production faible et concurrencée

Le secteur agricole guyanais est marqué par la faiblesse de sa production. L'histoire de la région apporte quelques explications à ce contexte.

Tout d'abord, la Guyane possède une spécificité unique en France ; la terre appartient presque exclusivement au domaine privé de l’Etat. Malgré une politique de distribution des terres, la procédure d’obtention des titres de propriété est longue. Aussi, certains agriculteurs exploitent des parcelles sans titres, d’autres pensent avoir des titres sans que ce ne soit encore officialisé. Il va sans dire que ces conditions ne favorisent pas l’installation de jeunes agriculteurs et le développement d'une agriculture moderne.

De plus, au début des années 90, le secteur connaît une grave crise qui correspond à la fin des soutiens financiers de l’Etat pour développer ce secteur. Ce qui provoqua la fermeture de nombreuses exploitations agricoles.

Dans les filières végétales comme animales, les productions locales ne suffisent pas à satisfaire les besoins locaux. De nombreux produits agro-alimentaires sont ainsi importés depuis le Brésil, les Antilles ou la métropole.

La production de céréales, légumes et tubercules

En 2003, la production de turbercules et de racines a été estimée à 25 800 tonnes.

La culture du riz sur polder estimée à 26 000 tonnes est concentrée essentiellement sur la commune de Mana. C'est environ 10 000 tonnes par an qui sont vouées à l'exportation et la production satisafait l'ensemble des besoins locaux.

La filière légumes et tubercules représente 4800 hectares de cultures et occupe 4300 exploitations. Le seul manioc couvre 4 300 hectares. Le manioc est essentiellement cultivé dans les abattis et est généralement transformé sur place en couac ou en cassave.

La production de fruits

Il existe trois pôles de production : la région de Cayenne, Cacao et Javouhey. Les surfaces fruitières permanentes produisent plus de 5000 tonnes de fruits dont 2000 d'agrumes. Les cultures de maracudja, de bananes et d'ananas ne sont pas cultivés industriellement pour l'exportation, elles couvrent 470 hectares. La canne à sucre n'est cultivée de façon pue conséquente, qu'à St Laurent du Maroni, pour la fabrication du rhum.

La grande majorité des fruits et des légumes est écoulée localement. La consommation de fruits frais est en moyenne de 75 kg par personne et par an. Les importations représentent 1200 tonnes contre une production locale d'environ 10 000 tonnes. Sont exportées vers les Antilles, la lime et le ramboutan mais les quantités conditionnées sont faibles en raison des coûts très élevés du fret.

En outre, la concurrence avec les productions des pays voisins (la main d'oeuvre est moins chère pour produire les mêmes produits), des Antilles et même de métropole est inégale et ne facilite pas le développement de la demande en produits locaux.

La production de viande

L’élevage est tourné en grande partie vers la production de viande. On y retrouve des cheptels de bœufs, de lapins, de porcs, de chèvres et de poulets. La production animale contribue à hauteur de 10 millions d'euros à la valeur de la production agricole.

Elevage de zébus
- crédit : Direction de l'Agriculture
et de la Forêt

A l'exception peut-être du secteur bovin, la filière animale est généralement conduite par de petits élevages familiaux. Par contre dans toutes les filères de gros exploitants concentrent 40 à 50 % de la production.

  • les bovins : après une crise au début des années 1990, le nombre de bovins aujourd'hui, est de 9500, pour 326 éleveurs. 45% des fermes ont plus de 350 bovins. Les élevages sont de taille importante, les vingt plus gros éleveurs possédant à eux seuls 65 % du cheptel bovin. Les troupeaux se situent dans les communes côtières, sur les zones de savanes, essentiellement de Montsinéry à Mana. L'élevage est surtout orienté vers la production de viande (de zébus et de vaches métropolitaines croisées zébus). Le troupeau laitier n'atteint pas 300 bêtes.
  • les porcins : en 2000, on comptait 8100 bêtes pour 341 exploitations. 78% des élevages comptaient moins de 10 truies. Les vingt plus grosses exploitations élèvent plus de la moitié du nombre de porcs. Les porcheries sont localisées principalement sur les communes de Matoury, Macouria et Kourou, regroupant 70 % des têtes.
  • les ovins et caprins : sur les 1600 bêtes comptabilisées en 2000 soit 40 % du total de 1989, les 2/3 sont élévés dans de petits élevages familiaux de moins de 10 bêtes. Les dix plus gros éleveurs possèdent 55 % du total des bêtes. L'élevage caprin (chèvres) est moitié moins important que celui d'ovins. On compte 1000 têtes dont 800 femelles en âge de reproduction réparties entre 116 éleveurs.
  • les équins : les chevaux commencent à faire leur apparition dans le paysage. 70 éleveurs disposent d'environ 500 bêtes, contre la moitié il y a dix ans. Ils sont élevés essentiellement pour des activités de loisirs.
  • les volailles : l’élevage de volailles est réalisé dans presque toutes les communes du département. 1730 exploitations (30 % du total) en élèvent. Mais, l’essentiel de la production est assuré par de grands élevages industriels situés sur les communes de Matoury, de Macouria et de Roura où l'on trouve 40 % du cheptel de la région. L'élevage de volailles a connu les mêmes difficultés que le reste de l'élevage guyanais et est aujourd'hui à 80 % de son potentiel de 1989.

Même si la diversité des productions est grande, les importations de viande dominent le marché local. La filière porcine ne couvre que 46% des besoins tandis que la filière bovine n'atteint que 22%. Cette production est en concurrence avec les importations légales (France, Argentine, Brésil) et illégale (Suriname et Brésil).

La production aquacole

Les facteurs naturels à savoir la température élevée et quasi-constante sur toute l’année, l’abondance des précipitations font de la Guyane une zone à fort potentiel pour la pisciculture continentale. Toutefois, ce n’est que dans les années 70 que cette activité a commencé dans le cadre du plan vert.

En 2003, la production totale commercialisée par l'aquaculture guyanaise s'élève à 37 tonnes : 5 tonnes de chevrettes et 32 tonnes de poissons d'eau douce (atipa, carpe commune, koulan, paya...).

La production aquacole
guyanaise en 2003

En 2005, 26 exploitations piscicoles étaient recensées représentant une surface d’eau de 81,8 ha. La grande majorité des exploitants conçoit la pisciculture comme une activité de diversification agricole. Depuis quelques années, on observe une augmentation régulière de la surface des bassins et du nombre de professionnels.

Bassin aquacole de Cacao - crédit : Direction de l'Agriculture et de la Forêt

Afin d'augmenter les revenus des agriculteurs, en réduisant les coûts de production, la station expérimentale de « Soucoumou » mène des essais de production "associée". Il s’agit de combiner une production piscicole sur un bassin de 1 hectare à une production animale (porcs, poulets, canards…) en suspension au-dessus du bassin. Les déjections des animaux tombent dans le bassin, ce qui enrichit l’eau en matière organique et en sels minéraux, stimulant ainsi la chaîne trophique.

L’expérimentation a démontré que l’association atipa/canard a permis de diminuer de 50 % la ration alimentaire apportée au poisson et de multiplier les bénéfices économiques par trois.

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Diversification agricole à Cacao

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Les produits importés concourrent à augmenter notre empreinte écologique

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1.c - Une agriculture à deux visages

Un coup d’œil sur l'ensemble du paysage agricole permet d’apprécier la diversité de cette activité. On ne cultive pas partout les mêmes produits et on n'exploite pas les mêmes surfaces.

L'organisation entre ces espaces de cultures différentes est conditionnée par le milieu naturel, la population et ses habitudes culturelles... Le tableau de l'agriculture guyanaise montre deux visages :

Une agriculture traditionnelle

Les fleuves frontaliers et les alentours des villages de l'intérieur abritent une agriculture traditionnelle et familiale sur abattis, caractéristique des pays tropicaux.

L'espace est mis en culture après défrichage puis brulis pour une période assez courte de deux à trois ans, l'ensemble retournant ensuite en jachère. Des tubercules (manioc, igname, dachine), des légumes (concombres, salades) et des fruits (bananes, ananas, papayes) constituent l'essentiel des produits qui y sont cultivés. Il est question de polyculture puisque sont cultivées au minimum une dizaine d'espèces dont l'apparente pagaille qui règne est trompeuse. Tout est réfléchi pour qu'une plante à croissance rapide (héliophile) apporte l'ombre nécessaire à celles qui poussent plus lentement (sciaphile).

La forme, la superficie des abattis et les types de plantes cultivées dépendent des savoirs, de l'expérience, des préférences culinaires et des traditions de chacun, Amérindiens, Bushinengués, Créoles, Haïtiens... Ainsi, on retrouvera du coton sur les seuls abattis amérindiens, et du riz chez les Bushinengue et les Créoles.

La surface exploitée est en moyenne inférieure à 2 hectares mais tend à s’accroître en raison de facteurs sociaux (sédentarisation, équipements motorisés, augmentation de la taille des villages …). Ce mode de culture est actuellement en expansion en Guyane notamment le long des deux fleuves -frontières en raison de la croissance démographique dans ces espaces.

L' abattis représenterait 56 % du nombre d’exploitations en 2000 et occuperait 13 % de la Surface Agricole Utile (SAU) et permet dans la majorité des cas l'autosubsistance, c'est à dire de nourrir une famille. Les exploitations sont de petite taille, notamment chez les Amérindiens, au point souvent de ne pas entrer dans le champ du recensement. Parmi les abattis, 80 % des exploitations font moins de 2 hectares.

Une agriculture moderne intensive

Sur la zone côtière se développe une agriculture plus moderne de grandes exploitations qui cohabitent avec des abattis qui se sédentarisent. Elle regroupe deux types de situation :

  • les cultures intensives de fruits et légumes se pratiquent sur les communes autour de Cayenne, de Roura, de Javouhey. Les surfaces vouées à l’agriculture varient entre 2 et 10 hectares et représentent 40 % des exploitations, soit 30 % de la Superficie Agricole Utilisée (SAU). Ce type d'exploitation est actuellement en régression.
  • les grandes exploitations ayant une superficie supérieure à 10 ha, sont localisées dans la plaine du littoral, sur Régina, entre Montsinery et Macouria, sur Sinnamary-Iracoubo et Mana. Ce sont principalement des vergers, de vastes prairies et savanes idéales au développement de l’élevage extensif de bovins. Dans la région de Mana, la riziculture sur polder se développe depuis une vingtaine d’années. 4 % de ces grandes exploitations représentent 4 % du total des exploitations mais 57 % de la Surface Agricole Utile (SAU).

Entre ces deux extrêmes, des exploitations de taille modeste, orientées vers les cultures fruitières et légumières alimentent le marché local.

Les abattis, quant à eux, se transforment peu à peu en vergers jusqu'à devenir jardins d'agréement ou être laissés à l'abandon, puis, dans les zones où l'urbanisation est plus forte, est peu à peu parcellisés et construits.